Plusieurs sites internet (très) utiles

3/12/14 - Internet - Régulièrement, nous publions des liens vers des sites intéressants pour l’histoire de l’art, certains récemment mis en ligne, d’autres plus anciens dont nous n’avions pas encore parlé. Cette moisson s’avère particulièrement riche.

Le premier est une base de données réalisée par un particulier passionné de peinture et dont la qualité, la richesse et l’ergonomie forcent l’admiration. Nommée « Vasari » elle s’efforce de recenser et, surtout, d’illustrer, les œuvres des peintres tombés dans le domaine public, c’est-à-dire morts depuis plus de 70 ans. Pour cela, il récupère et scanne un peu partout les photos de tableaux [1] et les classe en permettant une recherche multi-critères extrêmement puissante et rapide :
- par nom d’artiste (en n’utilisant qu’une partie des lettres si on ne connaît pas l’orthographe exacte),
- par siècle,
- par pays,
- par lieu de conservation (ville ou pays),
- par mot contenu dans le titre en limitant si on le souhaite aux œuvres d’un artiste, d’un pays ou d’un siècle (ou d’un pays et d’un siècle),
- par iconographie grâce à des listes de sujets classés par catégories (Mythologie, Évangiles, Apôtres & Pères de l’église, Autres saints, etc.),
Une vingtaine de plans de villes interactifs sont par ailleurs disponibles permettant, par exemple pour Rome, de voir les œuvres conservées dans tel ou tel musée, telle ou telle église.
La base répertorie pas moins de 350 000 peintures dont la plupart sont illustrées, et 3000 sculptures et elle est enrichie très régulièrement de milliers d’œuvres chaque année. Il s’agit réellement d’un outil assez exceptionnel.

Une autre base de données sera d’un très grand intérêt pour les historiens de la peinture, mais aussi pour les marchands ou les collectionneurs. Il s’agit du Guide historique des fournisseurs de matériel pour artistes à Paris (1790-1914) établi par Pascal Labreuche. Celui-ci, auteur de l’ouvrage publié par l’INHA et le CTHS, Paris, capitale de la toile à peindre XVIIIe-XIXe siècles, est restaurateur de tableaux [2] mais aussi un spécialiste reconnu de la question des supports.
La base, d’une utilisation très simple, répertorie pour chaque artiste actif entre 1790 et le début du XXe siècle ses fournisseurs de matériel (toiles, panneaux, châssis...). Chacun de ces fournisseurs est documenté de manière très complète : adresse, dates d’activité, nature de l’activité (quels produits fabriquait-il et/ou vendait-il), quels artistes étaient ses clients, quelle est sa bibliographie, etc. Chaque marque connue est cataloguée. Les entrées sont possibles soit par artiste, soit par fournisseur.
Un tel travail est évidemment fondamental pour les historiens de l’art. La présence de telle ou telle marque de fournisseur est un indice qui peut aider à l’identification d’une œuvre et à comprendre son historique. L’étude des artistes se fournissant auprès d’un marchand permet également de mieux appréhender la sociologie de l’art au XIXe siècle.
Pascal Labreuche souhaite enrichir cette base en comptant notamment sur les signalements que pourront lui apporter les visiteurs (nouvelle marque, lien non encore repéré entre des artistes et des fabricants...). Il compte mettre en place de nouvelles fonctionnalités et proposer une version anglaise mais ces évolutions seront tributaires des moyens qu’il pourra réunir (il est possible de faire un don en ligne pour l’aider à compléter cette base de données).

L’éclatement de l’inventaire, qui dépend depuis quelques années des différentes régions, rend difficile d’obtenir une vision globale des réalisations effectuées par chacune d’entre elles. Lors de notre émission La Semaine de l’Art avec Henry Masson, conservateur régional des monuments historiques de Bretagne, celui-ci nous a indiqué le site de l’inventaire correspondant à cette région, du nom de Glad, Le portail des patrimoines de Bretagne. De nombreux dossiers de l’inventaire y sont mis en ligne, soit thématiques (orfèvrerie religieuse de Haute-Bretagne, stalles de Bretagne, châteaux du 19e siècle en Bretagne...), soit géographiques, par commune, classés par département et par canton. À chacun de ces dossiers correspond une importante documentation hiérarchisée par localisation et qui aboutit pour chaque objet inventorié à une fiche et à une photographie, y compris des œuvres de collections particulières et/ou non protégées au titre des monuments historiques.
Étrangement cependant, si l’on compare les œuvres répertoriées sur ce site et celles de la base Mémoire, il n’y a pas forcément correspondance. Ainsi, pour la commune de Canihuel, sur la page concernant le patrimoine mobilier de l’église, les objets ne sont pas les mêmes que ceux répertoriés sur Mémoire, ce qui tend à laisser penser qu’aucune de ces deux bases n’est complète. Il reste que le site est d’une richesse extrême et, dans bien des cas, montre beaucoup plus de photographies que la base Mémoire (voir par exemple le cas de la commune de l’église d’Antrain). Il est cependant nécessaire de coupler une recherche dans les deux bases.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, beaucoup de musées n’ont pas encore de sites internet dignes de ce nom. Ce n’est certainement plus le cas de celui des Tissus et des Arts Décoratifs de Lyon qui a inauguré récemment le sien. On y trouve bien sûr toutes les informations pratiques et celles en rapport avec l’actualité (expositions, colloques, concerts...) mais surtout une partie consacrée aux collections, avec une base de données dont l’objectif est de recenser de manière complète les œuvres conservées. Pour l’instant cette base contient 860 entrées mais s’enrichit régulièrement.
Le musée est exceptionnel pour sa collection de tissus et d’arts décoratifs, mais il possède aussi de très nombreux dessins et peintures. Notons qu’il est très actif dans sa politique d’acquisitions (nous n’avons pour l’instant parlé que de l’acquisition d’une tapisserie). Nous lui consacrerons très bientôt d’autres articles, mais il est possible en attendant de voir ici quelques-unes des œuvres de très belle qualité qui sont récemment entrées dans ses collections.

Mémoire vive est la base de données des collections de la ville de Besançon. Elle comprend les œuvres et documents conservés dans les musées, les bibliothèques et les archives de Besançon.
Une partie du fonds est numérisé, mais pas son intégralité. Ainsi, le site comprend l’inventaire complet des archives municipales et le catalogue également complet des manuscrits conservés par la bibliothèque mais tous les documents ne sont pas photographiés.
La base est encore loin elle-même d’être complète pour les œuvres d’art (le Musée des Beaux-Arts ne compte encore que 923 entrées). Par exemple, cette œuvre de Sébastien Cornu n’est pas encore dans la base. Il faut donc pour l’instant compléter les recherches avec d’autres bases (RMN, Joconde...).

Les blogs tenus par des historiens de l’art sont assez rares en France. Signalons donc Bella Maniera, créé par une historienne de l’art, Sarah Catala, qui a d’ailleurs un lien avec le Musée des Beaux-Arts de Besançon puisqu’elle a publié en 2013 le catalogue des Hubert Robert de Besançon (elle établit actuellement le catalogue raisonné des dessins de cet artiste). Son site parle de dessins anciens (pas uniquement d’ailleurs puisqu’elle a mis en ligne un article sur les gravures sur bois de la Renaissance à l’occasion d’une exposition qui s’est tenue à la Royal Academy). Il ne comporte pas encore beaucoup de textes car il a été créé récemment (le 18 septembre dernier), mais ceux-ci sont de qualité. On pourra également y lire une interview de Ketty Gottardo, directrice du département des dessins anciens chez Christie’s Paris.

Les archives des musées nationaux, qui se trouvaient conservées au Louvre, vont rejoindre les archives nationales (il paraît qu’il s’agit d’une politique générale consistant à reverser ainsi les archives relevant des différents ministères). Si l’on peut regretter ce mouvement car il était certainement plus pratique de venir les consulter dans un service spécialisé où les archivistes connaissait parfaitement leur fonds, il y a toutefois une bonne nouvelle : les registres des Salons, l’une des principales richesses de ces archives, sont disponibles en ligne, entièrement numérisés. Il s’agit d’une source indispensable pour quiconque étudie les peintres ayant exposés entre 1795 et 1853 (la série se poursuit jusqu’en 1870 mais ces registres n’ont pas encore été numérisés).
Ces registres sont de plusieurs types. On y trouve notamment les registres des ouvrages, qui fournissent des informations absentes des livrets, comme la taille des œuvres (attention cependant : elle comprend le cadre) ou celles présentées par leur auteur mais finalement refusées, et les registres des procès-verbaux des délibérations du jury qui donnent le résultat des votes pour ou contre l’acceptation.
Cette base documentaire est liée à une autre base de données, créée par deux chercheurs britanniques, le Dr Alister Mill et le Dr Harriet Griffiths, qui pour la période 1827-1850 permet une recherche selon plusieurs critères (artistes, genre, technique, décision prise par le jury, etc.) des œuvres proposées ou exposées aux Salons. Chaque œuvre est reliée à la page numérisée du registre qui la concerne et chaque artiste dispose d’une fiche synthétique donnant, pour ces années, le nombre d’œuvres proposées, indiquant la décision du jury et éventuellement la remise de médailles.

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