Prêcher dans le désert

Hôtel de la Marine
Salle à manger de Thierry de Ville d’Avray
Photo : Didier Rykner
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Il y a presque deux ans, nous avions été les premiers à révéler les projets de l’Etat pour l’Hôtel de la Marine, c’est-à-dire son abandon pour le louer en bail emphytéotique, à un repreneur privé (voir l’article). Quelques semaines plus tard, nous apprenions qu’il devait s’agir d’Alexandre Allard conseillé par l’ancien ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, ce qui fut révélé par Vincent Noce dans Libération (voir l’article). En octobre 2009, Olivier de Rohan, président de l’Association des Amis de l’Hôtel de la Marine, lançait une pétition (voir la brève du 27/10/09) qui peina, tout d’abord, à obtenir le succès qu’elle méritait.
Disons-le : pendant longtemps, nous avons prêché dans le désert ou presque. Nous avons publié pas moins de dix-sept articles sur ce sujet depuis février 2009, en révélant parfois des informations qui étaient destinées à rester confidentielles (voir notamment ici, ici, et ici). Vincent Noce en a fait paraître vingt dans Libération en une seule année. A l’exception de quelques autres défenseurs du patrimoine, et notamment d’Alexandre Gady, historien de l’architecture et vice-président de l’association Momus, fort rares ont été ceux qui ont partagé ce combat.

Depuis un mois environ, l’espoir a changé de camp, le combat a changé d’âme. Les ralliements, innombrables, sont tardifs, mais précieux. Plusieurs historiens de premier plan se sont exprimés dans Le Monde. Valéry Giscard d’Estaing, qui avait été l’un des premiers signataires de la pétition lancée par les Amis de l’Hôtel de la Marine, s’est exprimé fortement. Des hommes politiques, des historiens de l’art, des intellectuels s’indignent. Le nouveau ministre de la Défense Alain Juppé semble décidé à ne pas laisser faire n’importe quoi dans ce lieu prestigieux, le ministre de la Culture, pourtant bien silencieux jusque là, s’est même fendu d’un « je ne suis pas très "larguez les amarres" » (voir brève du 13/1/11) qui peut laisser penser qu’il n’est pas favorable à ce projet bien qu’il semble avoir depuis démenti qu’il fallait l’interpréter ainsi... Aujourd’hui (le 20 janvier exactement), c’est l’Académie des Beaux-Arts qui, dans un communiqué, déclare qu’elle « s’inquiète du devenir de l’Hôtel de la Marine [...], qu’elle s’interroge fortement sur l’avenir de ce bâtiment historique, fleuron d’une architecture urbaine exceptionnelle [et qu’elle] souhaite s’associer à toute réflexion indépendante qui conduira à une solution noble et respectueuse pour cet édifice emblématique de l’histoire de la Nation ». Même le président de la République paraît désormais prêt à revenir sur une décision qu’il était pourtant le premier à avoir prise (voir la brève du 19/1/11).

Il faut, c’est évident, rester prudent. Rien n’est encore gagné. Mais l’évolution de la situation et de l’opinion publique prouve une fois de plus qu’il est fondamental de s’engager et de se battre face à des décisions iniques. Le pire n’est jamais sûr.

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