Préemptions par le Louvre d’un bronze de Corneille van Clève et de trois cartons de Louis Janmot pour Le Poème de l’Âme

1. Corneille van Clève (1645-1732)
Léda et le cygne
Bronze - 63 x 22,5 x 21 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : PIASA
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23/12/06 – Acquisitions – Paris, Musée du Louvre – Le musée parisien a préempté le 20 décembre, à l’hôtel Drouot, plusieurs œuvres fort différentes mais toutes de qualité remarquable, qui constituent des enrichissements notables de ses collections.
La première est une Léda et le Cygne par Corneille van Clève (ill. 1). Elle faisait partie d’un ensemble de bronzes dispersés par la SVV Piasa, qui comprenait notamment un Pluton et une Amphitrite de Michel Anguier et L’Air d’Etienne Le Hongre. La Léda était néanmoins sans doute la plus belle de ces sculptures et la seule entièrement due à l’artiste auteur du modèle puisque van Clève était également fondeur et qu’il possédait son propre atelier. Il s’agit d’une fonte à la cire perdue dont il existe seulement un autre exemplaire similaire conservé à Dresde (Skulpturensammlung) qui fut acheté en 1699 par le Prince-Electeur de Saxe, Frédéric-Auguste Ier.

Van Clève travailla notamment à Versailles pour les jardins (plusieurs sculptures en bronze et en marbre), pour la chapelle où il réalisa le maître-autel en bronze doré et, pour Marly, le groupe La Loire et le Loiret, anciennement aux Tuileries et maintenant exposé au Louvre. Ce dernier conserve également Polyphème assis sur un rocher, son morceau de réception à l’Académie, mais ne possédait aucun bronze de cet artiste. Cette œuvre a été acquise par le département des sculptures pour la somme de 510.000 € (hors frais).


2. Louis Janmot (1814-1892)
L’échelle d’or
Fusain, craie blanche - 109 x 135 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Aguttes
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3. Louis Janmot (1814-1892)
L’idéal
Fusain, craie blanche et rehauts de couleur - 117 x 137 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Aguttes
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Les autres préemptions concernent trois cartons de Louis Janmot achetés par le département des Arts Graphiques auprès de la SVV Claude Aguttes. Deux d’entre eux, L’échelle d’or (ill. 2) et L’idéal (ill. 3) sont préparatoires au Poème de l’Âme. L’exégèse de cet ensemble à la fois littéraire (Janmot écrivit lui même ce poème) et pictural, a été faite par Elisabeth Hardouin-Fugier dans un ouvrage qui lui est entièrement consacré [1]. Les dix-huit tableaux (Lyon, Musée des Beaux-Arts), datés de 1854 mais exécutés sur une période de plusieurs années, furent tous exposés à l’Exposition Universelle de 1855 sur l’intervention de Delacroix. Le cycle se poursuivit ensuite sous la forme de seize dessins (Lyon, Musée des Beaux-Arts), très élaborés et de taille identique aux peintures.


4. Louis Janmot (1814-1892)
L’idéal
Huile sur toile - 117 x 137 cm
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. Rykner
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Le premier des trois cartons préemptés, L’Echelle d’or, qui correspond au douzième tableau, s’inspire iconographiquement du Songe de Jacob. Un commentateur contemporain du texte résume la scène de la manière suivante : «  Muses chrétiennes, les anges apportent du ciel les dons de l’esprit qui doivent s’épancher sur terre comme des sources fécondes et retourner à Dieu en un hommage de reconnaissance et d’amour  » [2]. Le deuxième, préparatoire à l’avant dernière toile, représente le même couple que celui endormi au bas de l’échelle. Les héros malheureux de ce cycle planent au dessus d’un paysage rocheux avant que la jeune femme ne finisse par disparaître : la dernière œuvre peinte, Réalité, montre le jeune homme agenouillé sur la tombe de sa bien-aimée. Les deux cartons sont très proches des toiles définitives (ill. 3). Les dimensions en sont cependant légèrement inférieures.


5. Louis Janmot (1814-1892)
Les fiancés
Fusain, craie blanche - 109 x 140 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Aguttes
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Le troisième dessin acheté par le Louvre, Les fiancés (ill. 5) de même taille et d’un esprit comparable aux autres, est en rapport avec une composition non retenue pour le Poème de l’Âme. Il donnera cependant lieu à une peinture, conservée en collection particulière, reprenant les mêmes personnages dans un format vertical [3].

Les dessins préparatoires au Poème de l’Âme sont très nombreux et passent régulièrement en vente publique, mais ils sont de qualité inégale. Les trois cartons acquis par le Louvre (pour, respectivement, 46.000, 23.000 et 15.000 € sans les frais) sont en revanche d’authentiques chefs-d’œuvre, dans un état de fraîcheur remarquable. Ils viendront rejoindre ceux de Victor Orsel et Alphonse Périn pour Notre-Dame de Lorette entrés au musée il y a une dizaine d’années [4] et complèteront ainsi la représentation de l’école lyonnaise du XIXe siècle à laquelle le musée des Beaux-Arts de Lyon consacrera une exposition au printemps 2007.

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