Quand Xavier Salmon justifie le prix de l’œuvre de Troost acquise par le Louvre

Cornelis Troost (1696-1750)
Corps de garde avec des officiers la nuit
Gouache - 33,8 x 49,8 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Sotheby’s
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Avant de publier notre brève sur l’acquisition de la gouache de Cornelis Troost par le département des Arts graphiques, nous avions bien entendu interrogé le Louvre et Xavier Salmon. Celui-ci n’a pas cru nécessaire de nous répondre mais s’est exprimé depuis chez nos confrères du Quotidien de l’Art pour justifier cet achat.

Précisons d’abord une chose importante, qui n’était peut-être pas claire à la lecture de notre article : nous ne contestons pas l’intérêt dans l’absolu pour le Louvre d’acheter une œuvre de Cornelis Troost. Le problème n’est pas non plus sur la qualité de celle-ci, il est sur son prix. Nous sommes les premiers à célébrer les achats du Louvre, et du département des Arts Graphiques, quand ceux-ci correspondent à la fois à un achat patrimonial et lorsque le prix (quand nous le connaissons) correspond à la qualité et à l’importance de l’œuvre. Ainsi, récemment, et pour nous en tenir aux dessins, nous avions salué (voir la brève du 26/1/18) l’acquisition d’un grand et important dessin de Goltzius. Son prix d’achat (autour de 1 million d’euros semble-t-il) était certes élevé mais parfaitement justifié compte tenu de l’importance de l’œuvre.

Ajoutons que ceux qui prétextent toujours les questions de budget, souvent pour justifier leur inaction, ce sont bien les responsables du Louvre. Rappelons-nous comment le même Xavier Salmon osait écrire à propos de sa volonté (très justifiée) de développer la collection de dessins russes : « Il faudrait pouvoir prospecter dans ces pays-là, mais cela exige beaucoup de frais » (voir cet article). C’est bien Xavier Salmon qui a, de son propre chef, décidé de diminuer le montant alloué à la préemption du Portrait de Peiresc par Claude Mellan, pourtant bien plus important pour le patrimoine national et surtout bien moins cher que ce Cornelis Troost. C’est bien Jean-Luc Martinez et le Louvre qui ont osé prétexter le prix pour ne pas acquérir le fragment de tombeau royal, et même pour en refuser le don ! Ce sont bien eux qui ne cessent de mégoter sur les frais de déplacements de leurs conservateurs. Et ce sont donc eux qui sont prêts à dépenser des sommes indues pour des acquisitions qui privilégient leur propre goût au détriment de l’intérêt de leur musée.

Revenons donc aux explications fournies par Xavier Salmon au Quotidien de l’Art. Selon lui, aucune œuvre majeure de cet artiste ne serait passée en vente depuis trente ans, soit 1989. On se permettra d’en douter, puisque nous avons publié le dessin de la même vacation représentant Scène de théâtre, une cour à la campagne vendue 88 495 € avec les frais, qui est une plus grande feuille encore que celle acquise par le Louvre. Quand Xavier Salmon parle de l’autre dessin qui s’est vendu encore plus cher, il compare le prix du dessin du Louvre sans les frais au prix de cet autre dessin avec les frais, ce qui est une manière pour le moins biaisée de présenter les choses… Il feint surtout d’oublier que cette première feuille n’aurait sans doute pas atteint ce montant si le Louvre n’avait pas été sous-enchérisseur… Et qu’il se soit trouvé un, voire deux acquéreurs potentiels voulant payer un prix aussi déraisonnable ne rend pas ce prix raisonnable pour autant. Quant à se réfugier derrière la commission des acquisitions du musée du Louvre et le conseil artistique des musées nationaux qui ont validé cette acquisition, s’il s’agit certes d’un garde-fou, cela montre simplement que celui-ci peut être inopérant.
On ne connaît par ailleurs que le prix des œuvres de l’artiste passées en vente publique. Or plusieurs acteurs du marché de l’art nous ont confirmé que celles-ci ne sont pas rares hors ventes aux enchères et que le prix atteint ici est très supérieur à ceux qui sont ordinairement pratiqués.

Reconnaissons pour terminer que Xavier Salmon a raison quand il explique que cet achat fait « entrer dans les collections nationales une des plus belles scènes de genre éclairées à la chandelle que Troost ait exécutée ». On se réjouit donc que la gouache sur laquelle il s’était positionné juste avant et qui a dépassé le montant qu’il s’était imparti, n’ait pas été achetée : le Louvre aurait ainsi acquis une œuvre beaucoup plus banale de cet artiste…

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