Quelques expositions en Belgique

La Belgique n’a toujours pas de gouvernement, mais elle continue d’avoir une vie culturelle très intense, avec un programme d’expositions d’art ancien particulièrement riche. A partir de Bruxelles, deux ou trois jours sont à prévoir si vous souhaitez rayonner vers la Flandre et la Wallonnie afin de tout visiter.

A Bruxelles, nous nous contenterons de rappeler rapidement l’exposition consacrée à Rubens aux Musées Royaux des Beaux-Arts puisque Alexis Merle du Bourg, ici-même, en a donné une recension très complète. Nous ne nous attarderons pas non plus sur Le Grand Atelier, organisé dans le cadre d’Europalia, Roland Recht nous ayant accordé un interview que nous publions ici et qui rend bien compte de la richesse de cette ambitieuse rétrospective de plusieurs siècles d’art européen. Soulignons tout de même la qualité de sa muséographie, la pertinence de son propos et le haut niveau des œuvres présentées, dont beaucoup ont été rarement, voire jamais exposées. Europalia propose simultanément une exposition sur le Portugal aux XVIe et XVIIe siècle, Autour du globe, mais nous ne pourrons en parler faute de l’avoir vue.


1. James Gillray (1756-1815)
Un petit souper à la parisienne - or A Family of
Sans-Culottes refreshing, after the fatigues of the day
, 1792
Gravure rehaussée d’aquarelle - 25,2 x 35,3 cm
Londres, Andrew Edmunds
Photo : D. Rykner
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De Bruxelles, on pourra se rendre à Gand qui organise British Vision, une grande rétrospective d’art britannique, du XVIIIe au XXe siècle. Nous avons signalé la réouverture récente du musée des Beaux-Arts de cette ville, qui n’a malheureusement pas d’espace dédié aux expositions temporaires, ce qui le contraint à vider une partie de ses salles pour leur faire de la place. Les amateurs de peinture ancienne ne seront cependant pas trop déçus, puisque seuls le XXe siècle et une partie du XIXe siècle ont fait les frais, pour quelques mois, de cet accrochage anglais (on peut tout de même regretter, par exemple, que le Kleptomane de Géricault ne soit pas visible).
De nombreux prêts ont été accordés, donnant une vision fort complète de l’art d’outre-manche grâce à des tableaux, mais aussi à des estampes, des dessins, et à quelques sculptures. Les trois parties de l’exposition mettent l’accent sur les principales orientations de l’art anglais. Society est consacré au portrait, aux scènes de genre ainsi qu’à la caricature qui fait l’objet d’une salle entière particulièrement truculente, avec des estampes et dessins de James Gillray (dont on retiendra sa vision de la Terreur - ill. 1), à Thomas Rowlandson et à Georges Cruikshank. Le deuxième chapitre, imposant, retrace l’histoire du paysage anglais en faisant la part belle aux aquarellistes. Enfin, The Visionary qui permet de constater une certaine continuité dans l’art anglais, de Blake à Bacon, dans la représentation onirique de l’étrange.
On recommandera le catalogue conséquent, dirigé par Robert Hooze le directeur du musée.


2. Joseph Benoît Suvée (1743-1807)
La découverte du dessin, 1791
Huile sur toile - 267 - 131,5 cm
Bruges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Service de presse
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Une visite à Bruges est toujours un plaisir, ne serait-ce que pour se promener dans la ville et retourner voir les Memling ou la Vierge à l’enfant de Michel-Ange. En revanche, l’exposition Joseph-Benoît Suvée et le néoclassicisme Bruges-Paris-Rome, n’est pas un prétexte suffisant pour s’y précipiter. Le titre ronflant est en effet trompeur puisqu’il aurait fallu y rajouter : « dans les collections des musées de Bruges ». Celui qui s’attendrait à une grande rétrospective Suvée, replaçant celui-ci dans l’art de son temps, sera réellement déçu, puisqu’il ne verra en tout et pour tout que cinq tableaux de ce peintre, dont l’un, une copie d’après Jean-Jacques Bachelier qui fut son maître, n’est même pas d’attribution certaine. On soulignera cependant la qualité exceptionnelle de La découverte du dessin (ill. 2) montré en 1791 à Paris, dont le déformement du cou de Dibutades, la jeune femme traçant sur le mur le contour de l’ombre de son amant, semble annoncer les lignes d’Ingres [1].

L’exposition est vraiment pauvre en œuvres notables, si l’on excepte l’étonnante Mort de l’épouse de Bélisaire par Franciscus Josephus Kinsoen, qui tient à la fois du David de Bélisaire et du Guérin du Retour de Marcus Sextius, quelques portraits assez beaux dûs à Kinsoen et à Joseph Ducq et certains dessins de Suvée ou de Ducq. Le catalogue qui l’accompagne est forcément décevant, même s’il contient des essais intéressants mais qui auraient gagné à être mieux coordonnés tant ils sont de sujets comparables (Suvée et ses élèves brugeois) et font parfois double emploi.


3. Franciscus Joseph Kinsoen (1771-1839)
La mort de l’épouse de Bélisaire, vers 1817
Huile sur toile - 258 x 217 cm
Bruges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Service de presse
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En pays Wallon, les amateurs de sculpture ne manqueront pas de visiter la rétrospective consacrée à Jean Del Cour. Située dans l’église Saint-Barthélémy (un édifice récemment - et curieusement - restauré) elle donne l’impression au visiteur de plonger dans la Rome baroque tant l’artiste fut marqué, sans avoir probablement jamais été son élève, par le Bernin. Venant de nombreuses églises et musées, les anges et les saints en bois peint, souvent avec un blanc imitant le marbre (ill. 3), emplissent la nef et les bas-côtés dans une abondance parfaitement à propos. De nombreuses esquisses en terre cuite (ill. 4) permettent de comprendre le travail du sculpteur. Ces statuettes sont traitées dans une manière vibrante et vaporeuse, très reconnaissable.


4. Jean Del Cour (1631-1707)
Ange adorateur, 1676
Bois peint - H. 120 cm
Liège, église Saint-Jean l’Evangéliste
Photo : D. Rykner
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5. Jean Del Cour (1631-1707)
Evangélistes
Terre cuite
Liège, Musée Curtius
Photo : D. Rykner
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Pour des raisons évidentes, les plus grands et les plus beaux marbres n’ont pu faire le déplacement. On ira donc admirer, à la Cathédrale, le magnifique Christ gisant (ill. 5), seul élément subsistant du monument funéraire du bourgmestre de Liège Waltère de Liverlo et de son épouse Marie d’Ogier. A la fin de sa carrière, del Cour se réfère encore au baroque romain qui l’avait tant marqué à ses débuts : ce Christ rappelle en effet les nombreuses statues de saints couchés qu’on peut trouver dans la ville éternelle, notamment le Saint Sébastien de Giuseppe Giorgetti dans la basilique de San Sebasiano Fuori le Mura. Cette dernière œuvre, postérieure au retour de Del Cour à Lièges, n’a pu l’influencer directement mais témoigne de l’empreinte que le Bernin et ses élèves ont pu laisser sur son art. On verra également un Christ en croix en bronze et on se rendra au Trésor de la Cathédrale qui s’est associé au parcours de l’exposition en montrant quelques œuvres du sculpteur.


6. Jean Del Cour (1631-1707)
Christ gisant, 1696
Marbre - 40 x 188 x 74 cm
Liège, cathédrale Saint-Paul
Photo : D. Rykner
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Les lecteurs qui se rendraient à Gand, lors de leur périple belge, doivent évidemment visiter la cathédrale où ils verront l’autre chef-d’œuvre de Del Cour dans le domaine du marbre, datant cette fois du début de sa carrière, le splendide monument funéraire d’Eugène Albert d’Allamont. Il est incompréhensible qu’un artiste d’une telle stature reste quasiment ignoré hors de son pays natal. Une excellente monographie vient de paraître à l’occasion de l’exposition, aux éditions Racine, qui, bien au delà des seules œuvres que l’on peut y voir inclut aussi le catalogue raisonné complet de Del Cour.

Nous ne ferons enfin que citer l’exposition du Musée d’Ixelle, Tous les chemins mènent à Rome. Voyages d’artistes en Europe (XVIe-XIXe siècle) que nous n’avons pas vue (ni le catalogue) et celle de Namur, la première consacrée à Antoine Wiertz, qui démontre la vitalité d’un pays dont on souhaite qu’il surmonte rapidement ses querelles ubuesques et pichrocolines.

Sous la direction de Robert Hooze, British Vision. Observation and imagination in British art 1750-1950, 400 p., 59,95 €. ISBN : 9061537489. Edition néerlandophone ISBN : 9061537472


Gand, Musée des Beaux-Arts, du 6 octobre 2007 au 13 janvier 2008


Collectif, Joseph-Benoît Suvée et le néoclassicisme Bruges-Paris-Rome, Editions Snoeck, 208 p., 30 €. ISBN : 9789053496640. Edition néerlandophone ISN : 9789053496633


Bruges, Musée des Beaux-Arts, du 19 octobre 2007 au 6 janvier 2008


Michel Lefftz, Jean Del Cour 1631-1707, Editions Racine, 2007, 192 p., 45 €. ISBN : 9782873864620.

Liège, Eglise Saint-Barthélémy, du 19 octobre 2007 au 3 février 2008

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