Réouverture du Petit Trianon après restauration

1. Le Petit Trianon vu du Jardin Français
© Château de Versailles, Christian Milet
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29/9/08– Restauration – Versailles – Le Petit Trianon et le Pavillon Français, après deux ans de travaux de restauration, viennent d’être inaugurés et seront ouverts au public à partir de cette semaine.

Le rez-de-chaussé était, jusqu’à présent, dévolu à la réception du public. Cet accueil a été transféré dans la Maison du Suisse qui jouxte le bâtiment, libérant ce niveau pour en faire un espace d’exposition.

Certains décors, comme c’est régulièrement l’habitude à Versailles, ont été restitués, d’une manière assez sobre fort heureusement. Il faut souhaiter que le public soit mieux informé de ce qu’il voit et du caractère vrai, ou faux, de ces objets et de ces décors. Ainsi, dans la Salle de l’Argenterie, dont le sol carrelé est d’origine, des armoires servent à présenter quelques objets d’orfèvrerie et de porcelaine de Sèvres. On savait, paraît-il, grâce à des plans, que des armoires existaient mais on n’en connaissait pas les dessins. Celles-ci ont donc été restituées par l’architecte Pierre-Andé Lablaude selon les modèles de l’ébéniste du XVIIIe siècle André-Jacob Roubo. Ceci peut se justifier : plutôt que de mettre des vitrines à l’aspect moderne, on comprend qu’on ait préféré une reconstitution, plus évocatrice. Encore faut-il dire au visiteur que ces armoires viennent d’être construites et qu’elles ne reflètent pas l’état existant, comme on devrait signaler que le billard [1] date de 2006 et que le lit de la Reine est une copie d’un lit XVIIIe exécutée il y a quelques années seulement [2]].


2. Petit Trianon
Construction de la bibliothèque (22/7/08)
© Château de Versailles, Patrick Tournebœuf,
Tendance Floue
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3. Petit Trianon
Bibliothèque dite "de Marie-Antoinette"
On aperçoit derrière la menuiserie moderne le décor peint
d’époque Louis XV dans ce qui était autrefois un escalier
Des témoins du papier peint Louis-Philippe sont également
conservés
Photo : D. Rykner
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On peut se montrer plus réservé sur la reconstruction (ill. 2) - « selon des plans de Richard Mique, l’architecte de Marie-Antoinette » - de la bibliothèque de l’entresol. Il n’y a ici pas vraiment de justification muséographique à cette bibliothèque qui cache en partie le (modeste) décor Louis XV d’origine (ill. 3), redécouvert sous le papier peint posé sous Louis-Philippe.


4. Petit Trianon
Grande salle à manger
© Château de Versailles, Christian Milet
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5. Pavillon Français
Photo : D. Rykner
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Soyons juste : pour l’essentiel (et sous réserve d’inventaire par un spécialiste et de comparaison avec l’état antérieur), la restauration de Trianon semble plutôt correcte. Les restitutions sont limitées et l’entresol (en dehors de la bibliothèque) a conservé ses peintures, défraîchies mais d’origine. Ce niveau, inaccessible au public jusqu’à aujourd’hui, n’a pas trop souffert de restaurations anciennes. Avec l’attique, il sera désormais visitables pour de petits groupes.
L’étage Noble (ill. 4), le seul qui pouvait se voir jusqu’à aujourd’hui, avait déjà fait l’objet d’une restauration. Il n’a été modifié que de manière légère. Des meubles ont été ôtés, d’autres rajoutés, dont certaines acquisitions.
Tout cela est si discret qu’on pourrait se demander où sont passés les cinq millions d’euros qu’ont coûté la restauration. L’explication vient pour l’essentiel de ce qui ne se voit pas vraiment : l’installation de l’électricité et, surtout, l’assainissement indispensable des soubassements pour empêcher les remontées d’eau. Un million sur les cinq a été consacré à la restauration du Pavillon Français (ill. 5).

L’opération a été entièrement financée par le mécénat du groupe suisse Breguet. Il était d’ailleurs difficile de l’ignorer tant la marque était partout présente. La société a par ailleurs « reconstitué », à partir de quelques photographies anciennes et de documents la « montre de Marie-Antoinette », un objet créé pour la Reine que celle-ci n’a d’ailleurs jamais connu, car il n’a été terminé que bien après sa mort. Cette montre, qui appartient à un musée de Jérusalem, avait disparu après un vol perpétré il y a quelques années [3]. Reconstruire un objet à partir de documents anciens, et faire comme s’il s’agissait de l’objet retrouvé, quel meilleur symbole pour Versailles [4] ?

English version

Didier Rykner

Notes

[1Le billard est celui dit de « Louis XVI » (voir article) qui a quitté le château pour se retrouver à Trianon.

[2Alors que le cartel indique qu’il s’agit d’un lit XVIIIe évoquant celui de Marie-Antoinette. [Il semblerait que ce lit soit, en réalité, véritablement du XVIIIe siècle. Le contraire nous avait été affirmé par Pierre-André Lablaude

[3Le musée israëlien vient d’ailleurs juste de la récupérer.

[4Au moins du Versailles de ces dernières années, Jean-Jacques Aillagon, dans l’interview qu’il nous a accordé, affirmant qu’il est opposé à ces restitutions.

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