Restauration de la chapelle des Ames du Purgatoire dans l’église Sainte-Marguerite

23/01/12 - Restauration - Paris, église Sainte-Marguerite - La chapelle des Ames du Purgatoire (ill. 1 et 2), qui donne sur le bas-côté gauche de l’église Sainte-Marguerite à Paris, fut édifiée en 1761/1762 sur les plans de Victor Louis, le célèbre architecte bien connu pour son chef-d’œuvre, le théâtre de Bordeaux.
Elle a fait l’objet, depuis 2005, d’une restauration complète. Le sol a d’abord été drainé pour empêcher les remontées d’humidité dans les murs ; puis, en 2010, les verrières ont été restaurées, et enfin, en 2011, le décor peint, très dégradé, a entièrement été restauré.


1. Victor Louis (1731-1800)
Chapelle des Ames du Purgatoire
Paris, église Sainte-Marguerite
Photo : Didier Rykner
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2. Victor Louis (1731-1800)
Chapelle des Ames du Purgatoire
Paris, église Sainte-Marguerite
Photo : Didier Rykner
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Le décor classicisant et illusionniste fut conçu par Victor Louis et peint par Paolo Antonio Brunetti, un artiste italien actif à Paris, décorateur de théâtre mais aussi auteur de peintures murales dans des hôtels particuliers. Celles qui ornaient autrefois le grand escalier de l’hôtel de Luynes, détruit au début du XXe siècle, et remontées au Musée Carnavalet, sont dues au pinceau de Brunetti. Avec son père, Gaetano (mort en 1758), il œuvra au côté de Charles Natoire à la chapelle des Enfants-Trouvés de l’Hôtel-Dieu de Paris (1751), décor hélas détruit lors de la démolition de cet édifice par les travaux haussmanniens.
Les scènes de l’Ancien Testament et les figures allégoriques imitant des sculptures qui complètent l’architecture peinte (ill. 2) seraient de Gabriel Briard, l’auteur du grand tableau d’autel représentant Le Passage des Âmes du Purgatoire au ciel [1]. Cependant, Marc Sandoz dans le catalogue raisonné de cet artiste [2], ne retenait pas cette attribution et donnait toutes les peintures murales à Brunetti. Il faut dire que si l’ensemble est impressionnant, le détail des figures est d’une qualité très moyenne qui semble inférieure à celle du tableau d’autel, mais qui peut également être due aux mauvaises conditions de conservation.


3. Paolo Antonio Brunetti (1723-1783)
Décor de la chapelle des Ames du Purgatoire
Paris, église Sainte-Marguerite
Photo : Didier Rykner
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L’iconographie se réfère entièrement à la mort et à l’espérance de la résurrection. Au revers de l’entrée, sur le tympan, sont représentés Adam et Eve avec la légende STIPENDIUM PECCATI MORS (« la mort est le tribut du péché »). Les deux faux bas-reliefs, à droite et à gauche au niveau de l’entablement représentent respectivement La Mort de Jacob et Les Funérailles de Jacob, tandis que les dix sculptures feintes sur les parois (ill. 3) sont de véritables Vanités représentant la fragilité de l’existence (de droite à gauche [3] : les descendants d’Adam, la jeunesse, l’agonie, la vieillesse, les brièvetés de la vie, la fragilité du bonheur, la philosophie chrétienne, les honneurs, les richesses et la pauvreté).
Le tableau d’autel, représente les âmes du Purgatoire montant au ciel, sans saint intercesseur comme on en trouve généralement dans ce type de représentation : ici, ce sont les fidèles qui jouent directement ce rôle [4]. L’éclairage de l’autel provient d’une ouverture vers l’extérieur se situant au-dessus du tableau et invisible pour les observateurs, utilisant ainsi un procédé baroque inventé par le Bernin.

La restauration de cette chapelle était indispensable et le résultat est extrêmement réussi et spectaculaire. Son budget est de 370 000 €. Rêvons un peu et procédons à un petit calcul : 200 millions d’euros divisés par 370 000 donnent environ 540. Or, 200 millions, c’est le budget minimum de la destruction et de la reconstruction du stade Jean Bouin. Ce ne sont donc pas moins de 540 (!) décors de chapelles équivalents à celui-ci qui auraient pu être restaurés si le maire de Paris, Bertrand Delanoë, n’avait pas choisi de faire plaisir au Stade Français, aux dépens des contribuables et du patrimoine parisien.

English Version

Didier Rykner

P.-S.

A propos de l’état désastreux des églises parisiennes, nous renvoyons au dossier que lui a consacré France-Culture il y a quelques jours, consultable en ligne ici. Danièle Pourtaud, adjointe au Maire de Paris, s’y félicite de son action et de celle du Maire de Paris, un exercice pour lequel elle est très compétente. On signalera notamment le diaporama sur l’église Saint-Philippe-du-Roule, commenté par le sacristain Vincent Vagné, qui confirme hélas entièrement le triste bilan que nous faisions il y a environ un an (voir l’article).

Notes

[1C’est ce que dit notamment la bonne notice consacrée à cette restauration sur le site de la Ville de Paris, paris.fr., mais aussi Guillaume Kazerouni dans le numéro des Dossiers de l’art consacré aux peintures du XVIIIe siècle dans les églises parisiennes (voir l’article).

[2Marc Sandoz, Gabriel Briard (1725-1777), Paris, 1981, pp. 134-135.

[3Ces identifications sont données par l’article du site paris.fr déjà cité.

[4D’après Guillaume Kazerouni, op. cité.

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