Revue des Musées de France : les curieux calculs du ministère de la Culture

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28/2/18 – Revue des Musées de France – Les abonnés de la Revue des Musées de France, ancienne Revue du Louvre, ont eu une curieuse surprise en recevant le dernier numéro paru. Un courrier, signé de Marie-Christine Labourdette, ex-directrice du service des Musées de France (son départ, que nous annoncions il y a une semaine dans cet éditorial, vient d’être acté en Conseil des ministres), et par Sylvie Hubac, directrice de la RMN-GP, leur apprend en effet deux changements, sous prétexte de « retrouver et garantir un rythme de parution régulier »

Première modification : ils ne recevront plus que 4 numéros par an, le prix de l’abonnement restant inchangé. La revue sera « plus riche » avec 8 pages de plus. Un calcul très simple [1] permet de comprendre que le prix de l’abonnement « inchangé » augmente en réalité de 14%.

Deuxième modification : la revue ayant au cours du temps pris beaucoup de retard dans sa parution, le dernier numéro paru était daté de 2016, et donc « afin de retrouver une numérotation en phase avec le calendrier de l’année civile, le prochain numéro à paraître portera le numéro 1-2018. La numérotation de l’année 2017 ne sera pas attribuée ».
Cet escamotage est sûrement bien pratique, mais il va léser les abonnés, notamment les Amis du Louvre, qui payent régulièrement et depuis longtemps leurs abonnements pour une année. C’est bien toute l’année 2017, soit cinq numéros, qu’ils ne recevront pas !
L’opération est habile. Mais la réponse que nous a fourni le ministère de la Culture à nos interrogations l’est moins. Nous ne résistons pas au plaisir de la donner ici en intégralité, avec nos commentaires.

« Tout au long de son histoire, la Revue (sous ses différents noms) a connu de nombreux changements, tantôt bimestrielle, mensuelle, bimensuelle, etc. » Il s’agit là au mieux d’un gros amalgame. Nous avons la collection complète de ce qui s’appelait alors la Revue du Louvre, et il n’est pas difficile de constater que depuis le début, c’est-à-dire 1967, la revue du Louvre n’a jamais été mensuelle, et encore moins bimensuelle. Elle est l’héritière directe de la Revue des Arts qui, entre 1951 et 1966 (il y a plus de 50 ans !), avait quatre numéros par an. La Revue du Louvre a toujours comporté cinq numéros, l’un étant un peu plus gros que les autres et bénéficiant d’une double numérotation (4/5 ou 5/6). Exceptionnellement il y eut six numéros en 1990 (la seule fois donc où la revue fut bimestrielle), juste avant un changement de format en 1991 (mais pas un changement de rythme de parution). Remarquons aussi que la pagination a longtemps été beaucoup plus importante puisqu’en 1991 par exemple, les cinq numéros avaient en tout 670 p. (et nous ne comptons même pas les pages de publicité à la fin de chaque numéro) contre 550 p. aujourd’hui, et 472 demain.

« Pour tenir compte du contexte actuel et éviter que les décalages ne fassent qu’augmenter, le comité éditorial a décidé de passer à un rythme trimestriel, en augmentant le nombre de pages par numéro. Ainsi, le nombre d’études publiées par année sera sensiblement le même. » On se garde bien de répondre sur la pagination. Si le nombre d’études publiées chaque année sera le même, cela veut donc dire que ces études seront moins riches.

« Quant à la numérotation, il ne s’agit que d’un ajustement technique. Le retard était tel que le numéro 2017-1 aurait dû sortir au premier trimestre 2018. Il a donc été décidé de passer directement au n° 2018-1. Les abonnés, qui s’abonnent pour quatre numéros, recevront exactement le nombre d’exemplaires pour lequel ils ont payé. L’éditorial du n° 2018-1 de la Revue des Musées de France, qui est en cours de distribution, explique cette situation. » Ceci est certainement vrai pour les nouveaux abonnés, voire pour certains abonnés récents. Mais c’est évidemment faux pour beaucoup d’entre eux, qui se sont abonnés pour la première fois avant le décalage, pour les raisons que nous avons expliquées plus haut.

Ceux-ci seraient en droit de réclamer leur dû car ils se sont bien fait soutirer le prix d’une année entière sans jamais rien recevoir en échange. Il suffit de savoir calculer.

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