Souscription réussie pour le Cerf de Landseer en Ecosse

Edwin Landseer (1802-1873)
The Monarch of the Glen, 1851
Huile sur toile - 165,8 x 171,2 cm
Edimbourg, National Galleries of Scotland
Photo : Christie’s
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22/4/17 - Acquisition - Edimbourg, National Galleries of Scotland - C’est une icône écossaise en dépôt depuis des années aux National Galleries of Scotland qui devait être mise aux enchères par Christie’s le 8 décembre 2016 (voir la brève du 7/12/16). Tollé général. L’œuvre a finalement été retirée de la vente et une souscription a été lancée pour qu’elle rejoigne définitivement les collections publiques britanniques. The Monarch of the Glen d’Edwin Landseer était estimé huit millions de livres, son propriétaire, la société Diageo, a accepté de le céder pour quatre millions. Le mécénat public a permis de récolter 266 000 livres, le reste a été fourni avant tout par The Heritage Lottery Fund (2,65 millions de livres), ainsi que par diverses fondations privées (634 000 livres), par The Art Fund (350 000 livres) et par l’Etat à travers le budget d du musée écossais (100 000 livres).

Cette peinture fut commandée en 1849 à Edwin Landseer pour orner la salle de repos (refreshment rooms) de la Chambre des Lords à Westminster. The Monarch of the Glen fut ensuite exposé à l’Académie royale en 1851 et vendu à un collectionneur privé, la Chambre des Communes ayant refusé de payer le tableau. Le Cerf passa dans plusieurs collections, notamment une fameuse distillerie écossaise, John Dewar & Sons, qui en fit son emblème ; l’œuvre fut donc largement reproduite et diffusée par le biais de la publicité, ce qui explique en partie sa popularité.

Le roi de la vallée couronné de bois est d’autant plus imposant que le cadrage serré et le point de vue en contre-plongée donnent l’impression au spectateur d’être à la fois très proche et dominé par l’animal. Cette monumentalité est renforcée par l’arrière plan montagneux. Cette impression est moins forte dans un tableau assez comparable, intitulé Deer in the Higlands (1802), le cerf étant mis à distance. Le peintre montre sa maîtrise de l’anatomie et son savoir-faire dans le rendu de la fourrure. Cette mise en scène et le choix du titre confèrent à l’animal une dimension humaine. Théophile Gautier souligne ce trait de l’artiste : « Landseer donne à ses chers animaux l’âme, la pensée, la poésie, la passion. ll les fait vivre d’une vie intellectuelle presque semblable à la nôtre ; s’il l’osait, il leur enlèverait l’instinct et leur accorderait le libre arbitre [1]. » Le peintre va même jusqu’à transposer des thèmes historiques dans le monde animal, comme Alexandre et Diogène dont les protagonistes sont incarnés par des chiens.

Edwin Landseer fit une brillante carrière : il fut élu à la Royal Academy en 1831, reçut en 1855 une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris, eut l’honneur en 1867 de décorer la colonne de Nelson à Trafalgar Square pour laquelle il présenta le modèle des quatre lions. Favori de la reine Victoria, il peignit plusieurs portraits d’elle et de la famille royale, la mettant parfois en scène dans des peintures d’histoire.
Mais c’est comme peintre animalier que Landseer s’imposa. Admirateur de l’art néerlandais et flamand du XVIIe siècle, il regarda les scènes de chasse de Rubens ou de Snyders et les œuvres de Paulus Potter. Les chiens et les chevaux sont récurrents dans sa peinture, le cerf aussi qu’il a pu observer dans les Highlands, notamment lors d’un séjour en 1824. On retrouve sa majesté dans des œuvres telles que The Challenge, The Sanctuary ou The Hunted Stag qui lui donnent une dimension héroïque, voire sacrée, ou bien le rôle de martyre.

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