Trésors céramiques. Collection du MUDO-Musée de l’Oise.

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Beauvais, Musée départemental de l’Oise, du 15 septembre 2018 au 30 septembre 2019.

L’exposition Trésors céramiques est une préfiguration de la présentation permanente de la collection de céramiques du Musée de l’Oise (MUDO) qui devrait être inaugurée en 2021. Nous ne saurons davantage préciser ce projet puisque le département de l’Oise n’autorise pas son musée départemental à nous répondre [1]. Nous ne saurons donc pas plus spécifier ses acquisitions et puisque aucun catalogue n’accompagne l’exposition, nous voilà véritablement comblé. Heureusement Jean Cartier, érudit président du Groupe de recherches et d’études de la céramique du Beauvaisis (GRECB) et co-commissaire de cette exposition aux côtés de Sylvain Pinta – attaché de conservation responsable de la collection céramiques du MUDO - a publié un salutaire catalogue raisonné de ce fonds [2]. Un exhaustif ouvrage scientifique construit après le récolement et l’étude précise de chacune des pièces de la collection, à l’exception du superbe fonds Auguste Delaherche qui devait faire l’objet d’une publication postérieure. C’était en 2001, nous ne saurons donc rien des œuvres qui l’ont possiblement enrichi depuis.


1. Beauvaisis
Plat de la Passion, 1511
Terre-cuite glaçurée - 64 x 36,4 cm
Beauvais, MUDO
Photo : RMN-GP/Adrien Didierjean
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2. Jules Ziegler(1804-1856)
Vase Alhambra, entre 1838 et 1843
Grès salé - 23 x 15,3 cm
Beauvais, MUDO
Photo : RMN-GP/Adrien Didierjean
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La collection de céramiques fut mise en réserves en 1993 pour des raisons de sécurité. Les poutres et les planchers de la magnifique salle sous charpente du seizième siècle qui l’abritait - comme l’actuelle exposition temporaire – réclamaient d’importantes réparations. Cela fait donc vingt-six ans. On lit par ailleurs dans l’introduction du catalogue que son « intelligente rénovation » a eu lieu en 1998. C’est à n’y rien comprendre. Cet ensemble qui compte aujourd’hui plus de trois mille cinq cents pièces n’est qu’une des plus importantes collections céramiques nationales. Tout comme le Beauvaisis n’est qu’un des centres céramiques français les plus féconds, internationalement reconnu dès le Moyen-Age. La lecture de l’avant-propos du catalogue par Jean-François Mancel, alors président du conseil général de l’Oise, n’est pas vraiment rassurante. On y lit que « le catalogue de cette collection (d’alors) deux mille objets […] préfigure sa réinstallation imminente sous la célèbre charpente […] ». Une imminence de dix-huit ans.


3. Charles Gréber (1853-1935)
Jardinière, vers 1890
Grès émaillé - 18,5 x 40 x 24 cm
Photo : RMN-GP/Adrien Didierjean
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La constitution de cette exceptionnelle collection de céramiques fut – comme le demeure toujours son enrichissement – l’affaire d’amateurs avertis. Malgré leur incontestable importance, les céramiques de l’Oise sont encore peu connues hors des cercles de savants collectionneurs. Essentiellement anonymes, il est difficile de les caractériser tant chronologiquement que géographiquement. Doit-on souligner que leur présentation au public n’en est que plus nécessaire ? Ce fut d’abord la Société académique de l’Oise qui œuvra en leur faveur dès le XIXe siècle. Ses adhérents comptaient nombre d’amateurs qui les introduisirent - le Plat de la Passion daté de 1511 notamment (ill. 1) - au sein d’un « conservatoire du patriotisme local » créé en 1841. Ses collections furent ensuite transférées au département qui inaugura son musée dans l’ancien évêché en 1908. En 1921, de nombreuses pièces d’Auguste Delaherche furent acquises par don de l’artiste et par souscription publique. En 1932, le legs de de Gaston Mourgues de Carrère ajouta cent cinquante et une pièces en terre glaçurée du XVIe au XVIIIe siècle, demeurées un fleuron de la collection. Éminent membre de la Société académique de l’Oise, il avait organisé au musée départemental la toute première exposition de Céramique ancienne du Beauvaisis en 1921. Le fonds de céramiques survit miraculeusement aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui décimèrent trois-quarts des collections du musée. En 1959, Jeanne Delaherche veuve d’Auguste Delaherche – né à Beauvais en 1857 -, légua cinq cent pièces de ce dernier. Elles ne cessèrent depuis d’être augmentées d’achats et de dons. Le MUDO se partage son héritage avec le musée d’Orsay qui conserve les archives de l’artiste. A partir des années 1960, parallèlement aux fouilles archéologiques qui se multipliaient à Beauvais et dans le pays de Bray, l’association GREPC fut créée. Elle demeure depuis un fidèle soutien du musée. Ajoutons enfin le don en 1979 de six cent cinquante pièces utilitaires et industrielles brayonnes du XIXe siècle par le potier collectionneur Pierre Pissareff. Jusque-là méprisées, ces pièces en grès salé ou en terre glaçurée, ces moules et ces outillages offrirent aux collections de céramiques du Beauvaisis du musée départemental une quasi exhaustivité. Une exhaustivité que d’opportuns achats et dons semblent toujours perfectionner mais dont le détail n’a malheureusement pas pu nous être communiqué.


4. Auguste Delaherche (1857-1940)
Plat en forme de fleur, entre 1894 et 1895
Grès émaillé - diam. : 29,8 cm
Photo : RMN-GP/Adrien Didierjean
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5. Vue de l’exposition
Ancienne vitrine du Bon Marché abritant un ensemble de pièces d’Auguste Delaherche
Photo : JD
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La scénographie de l’exposition actuelle – très réussie - présente chronologiquement un peu plus de trois cents pièces de la production beauvaisine de l’époque carolingienne au XXIe siècle. Le Beauvaisis est entendu dans un sens élargi, s’ajoutent à lui le pays de Bray et plusieurs centres de production alentours tels que Creil, Pierrefonds on Chantilly. On y découvre une céramique qui a abordé tous les genres et pratiquement toutes les techniques. Il s’agit d’abord de terres cuites utilitaires peintes en rouge puis du grès inventé au XIVe siècle à Saint-Germain-la Poterie et alors appelé « Terre de Beauvais ». Viennent ensuite le « Beau XVIe » fait de grès dits azurés et de plats décorés à sgraffiato, puis le décor de barbotine du XVIIe. Avant le foisonnant XVIIIe siècle, sont évoquées la porcelaine tendre de Chantilly et les faïences fines de Creil. Pour le XIXe, sont présentés Jules Ziegler et le renouveau du grès (ill. 2), la toute première manufacture de carreaux incrustés des frères Boulenger, la dynastie des Gréber (ill. 3) et le célèbre Auguste Delaherche (ill. 4) dont une centaine de pièces sont exposées, certaines dans une magnifique vitrine ancienne du Bon Marché (ill. 5). Enfin après les grès cristallisés de Pierrefonds (ill. 6) du XXe siècle, l’exposition s’achève sur les créations contemporaines.


6. Faïencerie héraldique de Pierrefonds
Vase, 1900-1920
Grès émaillé, glaçure cristallisée -39,8 x 13,1 cm
Photo : Beauvais, MUDO
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Qu’en sera-t-il de la future ou hypothétique présentation permanente ? La salle sous charpente demeurera son écrin. Le parcours sera chronologique. Voilà ce que nous savons. Présentera-t-elle comme ici un dixième des collections conservées ou près de cinq cents comme entre 1981 et 1993 ? Les « grandes et vénérables vitrines récupérées au Louvre et au musée Guimet, réhabilitées en 1981 » évoquées, dans le catalogue, par l’ancien conservateur du musée Josette Galiègue, ont-elles été préservées et, si tel est le cas, seront-elles réutilisées ? Sauf erreur de notre part, aucune ne figure dans l’exposition actuelle. La reconstitution de l’atelier de potier voulue par Pierre Pissareff aura-t-elle toujours sa place dans le nouveau parcours ? Autant de questions sans réponse.

Croisons les doigts pour 2021 et, dans le doute, nous ne saurions que trop vous recommander de vous précipiter pour admirer cette exceptionnelle collection.

Commissaires : Jean Cartier et Sylvain Pinta.

Pas de catalogue d’exposition.

Informations pratiques : MUDO-Musée départemental de l’Oise, 1 Rue du Musée, 60000 Beauvais . Tel : + 33 (0)3 44 10 40 50. Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 18h. Entrée gratuite.

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