Un accord sur Léonard et Raphaël signé entre la France et l’Italie

Franck Riester et Dario Franceschini
le 24 septembre 2019
Photo : Didier Rykner
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C’était une guerre d’opérette, elle se termine par un protocole signé solennellement par deux ministres. On se rappelle en effet la décision de la secrétaire d’État italienne Lucia Borgonzoni de restreindre les prêts d’œuvres de Léonard de Vinci pour la rétrospective du Louvre (voir notre article). Depuis, cette ministre d’extrême-droite a quitté le gouvernement, et le ministre de la Culture est à nouveau Dario Franceschini qui avait déjà occupé ce poste entre 2014 et 2018.

La tension entre les deux pays a fortement diminué, et les deux ministres, Franck Riester et Dario Franceschini ont donc signé aujourd’hui ce protocole très solennel qui entérine le prêt de deux tableaux qui ne sont en réalité que des copies d’après des œuvres perdues (la Léda et la Bataille d’Anghiari) et de cinq dessins de Léonard de Vinci dont le fameux Homme de Vitruve (qui ne devrait rester que huit semaines en France). Il semble, si l’on en croit Éric Biétry-Rivierre dans le Figaro (nous avouons n’avoir pas suivi les choses de près), que ce soit sur cette dernière œuvre que les discussions ont été les plus difficiles, le précédent directeur de l’Accademia de Venise ayant refusé le prêt pour des raisons de conservation, tandis que son successeur a finalement donné l’autorisation. En échange, le protocole prévoit le prêt de la France à l’Italie de cinq dessins de Raphaël et de deux tableaux, le Baldassare Castiglione et L’Autoportrait avec un ami.

Ce protocole est ridicule car il organise quelque chose qui n’est pas et ne devrait jamais être du niveau du pouvoir politique, mais bien de celui des musées et de leurs responsables. Il est d’ailleurs amusant que lors des questions des journalistes le ministre italien - qui paraissait d’ailleurs assez peu à l’aise - ait tenu à préciser que « le gouvernement n’avait pas de compétence sur le prêt des œuvres d’art » et que « le prêt est de la compétence exclusive des musées et des autorités scientifiques qui l’autorisent ou ne l’autorisent pas », alors qu’il venait exactement de démontrer l’inverse avec cet accord politique entre la France et l’Italie.

Le vrai problème n’est finalement pas le prêt d’œuvres des musées italiens à la France puisque ni L’Annonciation, ni L’Adoration des Mages, ni Le Baptême du Christ de Verrochio (avec la participation de Léonard) ne seront envoyés au Louvre, ce qui rend d’ailleurs tout relatif l’effort des Italiens qui ne prêteront aucun tableau certain de la main de Léonard (La Scapigliata est discutée). Il est bien davantage celui du déplacement, une nouvelle fois, du Baldassare Castiglione et de L’Autoportrait avec deux amis de Raphaël. Il faut rappeler qu’en raison de son importance et de sa fragilité, le Baldassare Castiglione n’avait, jusqu’en 2006, jamais été envoyé hors de Paris (voir notre article). Il s’est promené depuis à Atlanta, au Louvre Lens, au Prado à Madrid... Un tableau qui n’était jamais prêté pour des raisons de conservation ne cesse désormais de voyager. On a le droit de s’interroger sur les risques qu’il court.

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