Un cinquième panneau du Maître des Cassoni Campana rejoint le Petit Palais d’Avignon

1 1 commentaire

Nous devons rajouter une précision à cet article : l’achat a été fait par le Musée du Louvre, qui l’a immédiatement déposé avec les quatre autres à Avignon. Nous ne pouvons que féliciter le musée parisien pour un geste d’un tel altruisme.

16/6/19 - Acquisition - Avignon, Musée du Petit Palais - Hier 15 juin 2019 passait en vente à Limoges chez Me Paul Pastaud un panneau attribué au Maître des Cassoni Campana faisant partie d’une série de six ayant appartenu à la collection Campana et dont seuls quatre, acquis par Napoléon III, se retrouvaient aujourd’hui dans les collections du Musée du Petit Palais d’Avignon. C’est donc fort heureusement mais aussi fort logiquement que ce musée a pu préempter l’œuvre au prix de 248 000 € avec les frais [1]. Celle-ci provient des descendants de Gustave Eiffel.


Maître des Cassoni Campana
(actif à Florence au début du XVIe siècle)
La légende de Thésée
Huile sur panneau - 69 x 161 cm
Avignon, Musée du Petit Palais
Photo : Paul Pastaud OVV
Voir l´image dans sa page

L’artiste anonyme est peut-être un peintre d’origine française selon Federico Zeri et Michel Laclotte car les architectures ont un style qui fait penser à des édifices français. Il était néanmoins actif à Florence au début du XVIe siècle. Malgré son nom de convention, il est probable que ces panneaux ne faisaient à l’origine pas partie d’un coffre de mariage (cassone), mais qu’ils ornaient plutôt les boiseries d’une chambre nuptiale.
Albert Pomme de Mirimonde a étudié [2] leur iconographie complexe, tirée notamment d’Ovide mais aussi d’Apollodore d’Athènes. Le premier panneau représente Pasiphaë et le taureau divin, dont l’union contre nature allait donner naissance au Minotaure. Le deuxième montre la prise d’Athènes par Minos, l’époux de Pasiphaë, et la remise des jeunes gens (sept garçons et sept filles) en offrande au Minotaure. Le troisième dépeint trois épisodes : l’arrivée de Thésée en Crète, qui vient se livrer au Minotaure afin de le combattre, sa rencontre avec deux des filles de Minos, Ariane et Phèdre, et la mort du Minotaure, tué par Thésée dans le labyrinthe. Enfin, le quatrième connu jusqu’alors figure à nouveau trois moments de cette histoire : Ariane abandonnée par Thésée et consolée par Bacchus, la fuite de Thésée et de Phèdre, et la mort d’Égée, le père de Thésée.

Le tableau acquis par Avignon représente plusieurs scènes : au fond, on voit Phèdre tenter de séduire son beau-fils Hippolyte (le fils de Thésée), qui la fuit ; au premier plan à gauche, elle accuse celui-ci auprès de Thésée d’avoir tenté de la violer, ce qui conduit ce dernier à condamner Hippolyte à l’exil (c’est la scène centrale). À droite, plutôt que de montrer la mort d’Hippolyte fils de Thésée, le peintre lui substitue saint Hippolyte mort écartelé par quatre chevaux [3], dans une curieuse tentative de syncrétisme entre la mythologie et l’histoire sainte.

Didier Rykner

Notes

[1Nous avons appris cette information via un reportage de France 3.

[2Albert Pomme de Mirimonde, « Cinq cassoni mythologiques de la collection Campana », La Revue du Louvre et des Musées de France, 2-1978, p. 89-97.

[3Remarquons toutefois que la mort des deux Hippolyte est parfois représentée de manière identique, tirés au sol par des chevaux sauvages, comme chez Pierre Subleyras (Fontainebleau) ou Simon Julien (primatiale Saint-Jean à Lyon).

Mots-clés

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.