Un communiqué du Musée d’Unterlinden à propos du retable d’Issenheim

Le retable d’Issenheim dans la chapelle du Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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Suite à notre article du 26/7/11 sur la restauration du retable d’Issenheim, nous avons reçu du Musée d’Unterlinden un communiqué de presse intitulé « Point sur la restauration du panneau de l’Agression de Saint Antoine, une des onze faces peintes par Grünewald pour le retable d’Issenheim », que nous souhaitons reproduire tel quel et intégralement (tout en en donnant un bref commentaire en fin d’article) :

Une intervention mûrement réfléchie

- 2000-2004 Études et analyses par le C2RMF (radiographie, photographies sous infrarouge et ultraviolet de l’ensemble des panneaux peints du retable (11 faces peintes) ainsi qu’analyse des pigments)

- 2003 Constat d’état par Carole Juillet, restauratrice qui a une expérience de trente ans dans la restauration

- 2004 Campagne de refixage par Carole Juillet

- 2006 Colloque sur la technique de Grünewald (parution du colloque dans la revue TECHNÉ, revue du C2RMF sous la direction de Michel Menu directeur du département de recherche du C2RMF et de Pantxika De Paepe, conservateur du musée Unterlinden)

- 2008/2009 Expositions Grünewald à Colmar (exposition consacrée à la genèse du retable, commissariat assuré par Philippe Lorentz, professeur à l’université d’Histoire de l’art de Strasbourg et Pantxika De Paepe, conservateur du musée Unterlinden), Karlsruhe et Berlin

- Commission régionale de restauration réunie le 15 mars 2011 avec les représentants de l’État, du C2RMF, des conservateurs, des restaurateurs et des historiens de l’art (arrêté du 13 avril 2010 portant sur le renouvellement des membres de la commission scientifique régionale contenant les noms et les titres de chacun des membres). Un avis favorable est donné pour l’amincissement des vernis superficiels du panneau de l’Agression de saint Antoine par les deux restauratrices, Carole Juillet et Florence Meyerfeld.

- Avis favorable reçu par courrier adressé à la Société Schongauer le 26 avril 2011

- Le 3 mai 2011 lettre du conservateur du musée à Marie Lavandier directrice du C2RMF pour lui demander la tenue d’un comité scientifique devant proposer suivre et valider un protocole pour l’amincissement des vernis superficiels sur le panneau de l’Agression de saint Antoine.

- 5 juillet réunion du comité scientifique (Monsieur Bodo BRINKMANN, conservateur, KUNSTMUSEUM BASEL, Madame Isabelle CABILLIC, conservateur au département restauration, filière peinture, Pantxika De PAEPE, conservateur du musée Unterlinden, Madame Carole JUILLET, restauratrice, Madame Marie LA V ANDIER, directrice du C2RMF, Monsieur Jean LORENTZ, président de la Société Schongauer, Monsieur Philippe LORENTZ, professeur d’histoire de l’art à l’université de Strasbourg, Frédérique MAURIER, restauratrice, Madame Florence MEYERFELD, restauratrice, Monsieur Werner MÜLLER, restaurateur du KUNSTMUSEUM BASEL, Monsieur Simon PIECHAUD, directeur du service régional des monuments historiques, assure l’intérim au poste de conseiller pour les musées, Béatrice SARRAZIN, directrice du département restauration du C2RMF).

L’objectif : amincir les vernis très irréguliers qui présentent des matités importantes (type bleuissement) dans certaines zones ainsi que des variations de brillance.

Pour un œil non averti, le retable ne présente pas vraiment de problème. En revanche la lisibilité de l’œuvre est masquée par les variations de brillance et les irrégularités des vernis, ainsi que par les matités de certaines zones. Ces vernis successifs sont dus à des interventions anciennes mentionées ou documentées : 1796, 1842, 1903-1903, 1917-1918, 1933, 1955, 1974, 1990. L’intervention programmeée en 2011 sur le panneau de l’Agression de saint Antoine ne touche pas à la couche picturale.

Les restauratrices : Carole Juillet et Florence Meyerfeld

Le fait que la restauration du retable soit demandeée à une restauratrice (Carole Juillet) ayant effectué le constat d’état du retable nous semble un des meilleurs gages de sécurité concernant la qualité du travail à effectuer. Effectivement elle est la seule à posséder la vision d’ensemble nécessaire pour intervenir sur cette œuvre exceptionnelle.
D’autre part nous tenons à évoquer ici un point particulièrement intéressant concernant la restauration et qui n’est malheureusement jamais pris en compte bien que certaines études concernant l’histoire de la restauration commencent à le sous entendre. On se plait à classer les restaurateurs par spécialité, un tel spécialiste du XVIème, tel autre de tel artiste etc.... Or tous les restaurateurs savent que la difficulté majeure vient plus particulièrement de ce que l’on trouve sur les tableaux et des trésors d’imagination apportés par les restaurateurs précédents pour camoufler accidents, usures, et passage du temps. Il est très intéressant pour un restaurateur de travailler sur les œuvres d’une même collection. Il retrouve les mêmes vernis les mêmes patines les mêmes techniques de retouches, les mêmes manières de nettoyer les œuvres, il se familiarise avec un certain type d’intervention, un certain type de matière. Donc le fait d’avoir déjà travaillé sur les œuvres d’un même musée et d’y avoir fait un travail reconnu est encore un gage de qualité pesant dans le choix du restaurateur.
Les deux restauratrices ont pour Carole Juillet travaillé en 2001 sur le retable d’Orlier de Martin Schongauer et pour Carole Juillet et Florence Meyerfeld sur le retable des Dominicains de l’entourage de Martin Schongauer qui est actuellement en restauration depuis 2006. Ces deux œuvres majeures du musée Unterlinden ont reçu les mêmes « soins » que le retable d’Issenheim. Cette restauration n’a pas donné lieu à une mise en concurrence, en effet, le musée géré par une association de droit local (loi 1908), la Société Schongauer, n’a légalement pas l’obligation de mettre en place un marché pour la restauration d’œuvres d’art.

Actualité de la restauration de l’Agression de saint Antoine

Les deux restauratrices ont travaillé à l’amincissement des vernis superficiels de l’Agression de saint Antoine (6 jours). Contrairement à ce que les visiteurs ont l’habitude de voir, les restauratrices n’ont pas travaillé centimètre carré par centimètre carreé mais en un geste ample qui en ont surpris plus d’un et qui se posent la question de la rapidité de cette intervention. La réponse est pragmatique : cette intervention devait être très rapide afin que le solvant n’agisse pas en profondeur pour enlever juste les couches superficielles. Le résultat qui permet de découvrir la gamme chromatique de Grünewald sera étudié par le comité scientifique lors d’une prochaine réunion dont la date sera fixée par Marie Lavandier, directrice du C2RMF. Le comité prendra ensuite la décision finale. Pour l’heure la restauration est arrêtée comme cela était prévu dès le départ puisque l’intervention se limite à l’Agression de saint Antoine.

Le coût

L’intervention de 10 jours par deux personnes portant sur l’Agression de saint Antoine est chiffreée à 11.960 € TTC. Pour mettre en place un plan de financement de la globalité de l’opération un devis global a été demandé aux restauratrices. Il est aujourd’hui encore estimatif et sera affiné dès le prochain rendez-vous du comité si la restauration et validée.

Notre commentaire :

Rien, dans ce communiqué, ne vient contredire notre article, à l’exception de l’affirmation que seul le panneau de La Tentation de saint Antoine avait été déverni. Nous en prenons acte, même si Jean Lorentz, président de la Société Schongauer, nous avait affirmé que « le premier panneau, La Tentation de saint Antoine est terminé, et le deuxième, La Rencontre de saint Paul et saint Antoine, est commencé et pas terminé ».
Remarquons également que l’on ne parle que du premier panneau, ce qui confirme qu’il a un rôle de test pour l’ensemble de la restauration. L’objectif de cette dernière n’est pas uniquement d’amincir les vernis mais bien d’enlever des repeints.

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