Un Corrège pour la National Gallery of Victoria

1. Antonio Allegri, dit le Corrège (vers 1489 - 1534)
Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste,
Vers 1514-1515
Huile sur panneau - 45 x 35,5 cm
Melbourne, National Gallery of Victoria
Photo : National Gallery of Victoria
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19/8/11 - Acquisitions - Merbourne, National Gallery of Victoria -
Un Corrège aux enchères… la chose n’est pas banale et c’est la National Gallery of Victoria, à Melbourne, qui a emporté la mise, avec l’aide financière d’Andrew Sisson. Estimée 2 à 3 millions, une Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste (ill. 1) attribuée à l’artiste a en effet été adjugée 3 625 250 de livres, le 6 juillet dernier à Londres, dans une vente de Sotheby’s. Son attribution, malgré les réticences de certains observateurs lors de l’exposition londonienne, a largement été approuvée, notamment par David Ekserdjian, Pietro Marani, Emilio Negro ou Nicosetta Roio, et sa datation autour de 1514-1515 en fait une œuvre de début de carrière, encore mal connu des historiens d’art.
L’influence de Mantegna est patente, mais la frontalité des personnages semble légèrement nuancée par un jeu d’ombre et de lumière donnant l’impression que la Vierge esquisse un mouvement et avance l’épaule droite. Par ailleurs, la douceur des gestes et des traits, le léger sfumato et le traitement des feuillages au second plan trahissent aussi une connaissance de Léonard et de ses suiveurs milanais, bien qu’il ne soit pas certain que Corrège voyagea en Lombardie. Le visage un peu large de Marie ne correspond pas aux canons que le peintre mettra en place plus tard mais, déjà, il insuffle une humanité à ses personnages religieux, traduisant la tendresse d’une mère et la pétulance d’un enfant, avec une fluidité encore timide des formes, des corps et des drapés.

L’artiste peignit nombre de madones sur des panneaux de petites dimensions, destinées à la dévotion privée. Le catalogue de vente en cite plusieurs, regroupant cette œuvre avec une Vierge à l’Enfant conservée au Castello Sforzesco de Milan (ill. 2) et une autre à l’Art Institute de Chicago (ill. 3) ; ces trois peintures présentant quelques similitudes, pourraient se situer entre la Madone de la National Gallery de Washington, datée vers 1505-1510, et l’imposante Vierge de Saint-François, réalisée en 1514-1515 et conservée à la Gemäldegalerie de Dresde.


2. Antonio Allegri, dit le Corrège (vers 1489 - 1534)
Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste, vers 1514
Huile sur panneau
Milan, Castello Sforzesco
Photo : Sotheby’s
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3. Antonio Allegri, dit le Corrège (vers 1489 - 1534)
Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste, vers 1514
Huile sur panneau - 64, 2 x 50,2 cm
Chicago, Art Institute
Photo : Art Institute
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Le traitement des jambes de Jésus, légèrement écartées et présentées en raccourci, se retrouve dans les œuvres de Chicago et de Dresde, et pourrait s’inspirer de la Madone del Gatto de Léonard, connue par des études préparatoires. Corrège exprime les liens affectifs entre une mère et son fils à travers le jeu des mains et des bras qui s’entremêlent, dans le tableau de la National Gallery of Victoria comme dans celui de Milan, tandis que dans La Sainte Famille d’Orléans (ill. 4), le geste de Marie semble déjà annoncer le linceul. Au centre du tableau du musée australien se trouve d’ailleurs la main de la Madone, point nodal de deux diagonales. Les repentirs du dessin sous-jacent révèlent que l’artiste a d’ailleurs retravaillé cette main et le profil du Baptiste. L’originalité de la composition réside dans le geste de l’enfant Jésus qui bénit son cousin en lui touchant le front, et dans le regard de sa mère qui, pour une fois, n’a pas les yeux baissés avec candeur : elle semble fixer un point, le spectateur ou l’avenir de son fils, avec une mélancolie comparable à celle de la Madone d’Orléans.

4. Antonio Allegri, dit le Corrège (vers 1489 - 1534)
La Sainte Famille, vers 1519
Huile sur panneau - 64 x 52 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN/Agence Bulloz
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Les tonalité rouges, vertes et bleues rappellent Lorenzo Costa et se retrouvent dans les tableaux de Chicago et d’Orléans. Elles sont ici mises en valeur par l’effet de drapé bleu et vert, enroulé autour du bras de la Vierge, dans un mouvement particulièrement élégant. Détaillés avec raffinement, les motifs dorés n’ornent pas les bordures du manteau de Marie mais le col de sa robe et l’extrémité de son bandeau. Enfin, Corrège n’ouvre pas sa composition par une perspective, contrairement aux peintures de Chicago et de Milan qui comportent quant à eux trois plans successifs : le premier occupé par les personnages, le deuxième constitué d’une haie ou d’une balustrade en pierre, et le troisième offrant échappée sur la droite. Le peintre au contraire concentre ici toute l’attention sur la mère et l’enfant.

Ce panneau est un beau cadeau pour le musée de Melbourne qui fête son 150e anniversaire et n’avait pas jusqu’à aujourd’hui de peinture majeure de la Haute Renaissance. Une prochaine restauration permettra d’alléger le vernis et d’enlever certains restaurations antérieures. Espérons que la redécouverte de cette œuvre permette de mieux comprendre la carrière de l’artiste et son évolution vers la manière moderne.

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