Un ensemble de dessins napoléoniens bientôt en vente à Toulouse

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12/9/19 - Marché de l’Art - Toulouse - C’est un passionnant ensemble de vingt-huit dessins, assorti d’un album contenant lui-même vingt-cinq dessins, qui subira bientôt le feu des enchères : proposées à Toulouse le 25 septembre prochain, ces œuvres nous font replonger au cœur de la campagne de Prusse et de Pologne de 1806-1807. Provenant d’une collection particulière du Sud-Ouest de la France, tous ces dessins possèdent un intérêt patrimonial évident, qui s’ajoute à leurs qualités artistiques et documentaires. Ils permettent également d’observer comment se concevait le processus de création de la geste impériale et de suivre deux personnalités capitales, Dominique Vivant Denon et Benjamin Zix. Les deux hommes, qui se sont rencontrés à Strasbourg en 1805, ont suivi Napoléon au gré de ses victoires jusqu’en 1811, traversant l’Allemagne, la Pologne, l’Espagne, l’Autriche ou l’Italie. Les dessins de Zix, exécutés avec une véracité presque photographique, ont considérablement aidé les peintres officiels de l’Empire – comme Gros, Taunay ou Roehn – dans la réalisation de leurs toiles. Benjamin Zix a aussi bien représenté les guerres de Napoléon que les commémorations militaires ou les divers évènements de la vie de la famille impériale.


1. Benjamin Zix (1772-1811)
Entrevue de l’empereur Napoléon et du tsar Alexandre Ier de Russie sur le Némen le 25 juin 1807
Plume et encre noire, lavis brun sur esquisse au crayon noir - 29 x 58,5 cm
Photo : Ivoire Toulouse/PRIMARDECO
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C’est donc à Benjamin Zix que l’on doit ce bel album de croquis, où l’on suit chronologiquement le déroulé de la campagne de 1806-1807, qui commence par la traversée de l’Allemagne en guerre pour s’achever sur l’entrevue de Napoléon avec le tsar Alexandre Ier sur le Niemen (ill. 1) le 25 juin 1807. Ces esquisses étaient ensuite confiées à différents artistes, dont Zix lui-même, mais aussi Louis-Pierre Baltard, Louis-Philippe Crepin, Florent Fidèle Constant Bourgeois de Castelet ou encore Nicolas-Antoine Taunay. On peut facilement relier les dessins de l’album aux grandes feuilles grâce aux numéros reportés sur les deux : c’est certainement Denon lui-même qui a choisi à quel artiste allait être confié chaque commande. La plupart des dessins de l’album sont annotés de la mention « fait », souvent suivie du nom de l’artiste à qui l’on doit le dessin définitif. Les grandes feuilles étaient manifestement destinées à composer un recueil mais ce projet n’a finalement pas vu le jour.


2. Benjamin Zix (1772-1811)
Le musée de Cassel
Crayon noir - 23,5 x 37 cm
Photo : Alexandre Lafore
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3. Benjamin Zix (1772-1811)
Le musée de Cassel
Crayon noir - 23,5 x 37 cm
Photo : Alexandre Lafore
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L’un des dessins (ill. 4) les plus passionnants, que préparent deux esquisses (ill. 2 et 3) conservées dans l’album, relate un épisode fameux de la campagne : le pillage du musée de Cassel par Vivant Denon. Dans une lettre envoyée à Napoléon en janvier 1807, citée par Bénédicte Savoy dans l’excellent catalogue de l’exposition « L’Œil de Napoléon », le directeur du musée Napoléon raconte lui-même : « j’arrive de Cassel […] où j’ai fait une ample moisson de superbes choses […] en tout j’aurai fait une récolte qui ne peut être comparée à celle de l’Italie mais qui est bien au-dessus de ce que j’espérais de l’Allemagne ». La scène que l’on voit ici se passe au célèbre Museum Fredericianum de Cassel, où Vivant Denon fait à la fois main basse sur les sculptures comme sur les peintures : on sait qu’il fallut faire fabriquer dix-neuf grandes caisses sur place pour y loger les quelques trois cents toiles qu’il avait choisi pour orner les cimaises du Louvre…


4. Benjamin Zix (1772-1811)
Enlèvement des sculptures du musée de Cassel, avec au centre Dominque-Vivant Denon, 1807
Plume et encre noire, lavis brun - 18,5 x 29,5 cm
Photo : Ivoire Toulouse/PRIMARDECO
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Deux croquis de Benjamin Zix, dans l’album, préparent le grand dessin qui représente le lac et la ville de Königsberg, capitale de la Prusse orientale, au bord de la mer Baltique : leur juxtaposition (ill. 5 et 6) permet d’observer combien l’auteur du dessin final, Bourgeois de Castelet, a fidèlement retranscrit les éléments observés sur place par Zix, jusqu’au moindre clocher d’église.


5. Benjamin Zix (1772-1811)
Königsberg
Crayon noir - 23,5 x 37 cm (détail)
Photo : Alexandre Lafore
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6. Florent Fidèle Constant Bourgeois de Castelet (1767-1841)
Vue du lac de Königsberg et du pont qui le traverse
Plume et encre noire, lavis brun sur esquisse au crayon noir - 30 x 58 cm (détail)
Photo : Alexandre Lafore
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Les collections nationales sont déjà riches d’un important ensemble de dessins comparables, acquis en un lot de 101 feuilles le 29 novembre 1933 pour le musée du Louvre auprès de l’expert André Schoeller : ces dessins sont déposés au château de Versailles depuis le 15 mars 1934. Il est permis de penser qu’ils possèdent une origine identique à celle de cet ensemble de dessins actuellement visible à Paris sur les cimaises du cabinet de Bayser [1].


7. Pierre-Antoine Vafflard (1777-1840)
L’Armée française renverse la colonne commémorative de Rossbach le 18 octobre 1806
Huile sur toile - 189 x 260 cm
Château de Versailles
Photo : RMN-GP/ Château de Versailles
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8. Benjamin Zix (1772-1811)
La destruction de la colonne de Rosbach le 18 octobre 1806
Plume et encre brune, lavis brun sur esquisse au crayon noir - 21 x 32,5 cm
Photo : Ivoire Toulouse/PRIMARDECO
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Le château de Versailles possède également un tableau (ill. 7) de Pierre-Antoine Vafflard qui fait écho à l’un des plus beaux dessins (ill. 8) bientôt proposés à Toulouse : on y admire une des scènes les plus évocatrices de la campagne de Prusse et de Pologne, la destruction de la colonne de Rossbach le 18 octobre 1806. L’armée napoléonienne venait ici effacer le souvenir humiliant d’une défaite intervenue au cours de la guerre de Sept Ans, le 5 novembre 1757, lorsque les troupes prussiennes de Frédéric II avaient infligé de lourdes pertes à l’armée française commandée par le maréchal de Soubise.

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