Un glaive de héraut d’armes du Premier Empire préempté par Fontainebleau

9/7/19 - Acquisition - Fontainebleau, Musée national du château - Voilà un bel exemple de ce qu’on peut qualifier de relations de bon voisinage : le musée Napoléon Ier du château de Fontainebleau a fait valoir son droit de préemption samedi dernier sur le lot vedette de la vente organisée chez Osenat, à quelques centaines de mètres de la « maison des siècles ». Estimée entre 15 et 20 000 €, la pièce sur laquelle le musée napoléonien a jeté son dévolu est un important glaive de héraut d’armes, qui fut adjugée pour la somme raisonnable de 26 625 € avec les frais (ill. 1).


1. Manufacture Boutet, Versailles (?)
Glaive de héraut d’armes du Premier Empire et son fourreau
Bronze ciselé et doré, ébène cannelé, argent et feutre rouge
1804
Fontainebleau, musée national du château
Photo : Osenat SVV
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Si la charge de « héraut d’armes » remonte à l’époque médiévale, cet office disparut avec l’Ancien Régime mais fut ressuscité par Napoléon à l’avènement de l’Empire, avec la volonté assumée de s’inscrire dans la continuité de la monarchie. On les vit donc réapparaître à l’occasion du Sacre du 2 décembre 1804. Dépendant du comte de Ségur, grand-maître des cérémonies, les cinq hérauts d’armes étaient rattachés à la Maison civile de l’Empereur. Messagers d’État, ils portaient les lois au Sénat et au Corps Législatif. Leur principale fonction était cependant bien plus visible : ils se tenaient au premier rang des manifestations et cérémonies impériales, comme le mariage de 1810 ou la naissance du Roi de Rome. On les repère facilement dans les nombreuses représentations du Sacre mais un beau dessin de Jean-Baptiste Isabey, désormais conservé au Louvre, permet d’imaginer le luxe de leur tenue : pourpoint de soie blanche, cotte d’armes de velours violet brodée d’aigles d’or et d’une couronne impériale sur la poitrine, ceinturon de velours blanc, culotte de soie blanche et brodequins de velours violet (ill. 2).


2. Jean-Baptiste Isabey (1767-1855)
Costume de roi d’armes
Aquarelle, rehauts d’or, mine de plomb - 24 x 19 cm
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-GP/T. Le Mage
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3. Manufacture Boutet, Versailles (?)
Glaive de héraut d’armes du Premier Empire et son fourreau
Bronze ciselé et doré, ébène cannelé, argent et feutre rouge
1804
Fontainebleau, musée national du château
Photo : Osenat SVV
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Les cinq hérauts étaient équipés d’un glaive (ill. 3), dont le dessin aurait été donné par Jacques Louis David. Outre l’exemplaire qui vient tout juste de rejoindre les collections nationales, deux autres sont actuellement connus, conservés en France chez deux collectionneurs particuliers réputés pour leur passion napoléonienne. Le dessin d’Isabey montre aussi un bâton, insigne de la fonction de héraut d’armes, dont seul un exemplaire est aujourd’hui répertorié : récemment passé sur le marché de l’art parisien [1], il appartient également à l’un des collectionneurs déjà mentionnés.


4. Manufacture Boutet, Versailles (?)
Glaive de héraut d’armes du Premier Empire et son fourreau, détail
Bronze ciselé et doré, ébène cannelé, argent et feutre rouge
1804
Fontainebleau, musée national du château
Photo : La Tribune de l’Art
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5. Manufacture Boutet, Versailles (?)
Glaive de héraut d’armes du Premier Empire et son fourreau, détail
Bronze ciselé et doré, ébène cannelé, argent et feutre rouge
1804
Fontainebleau, musée national du château
Photo : La Tribune de l’Art
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En attendant la réapparition de nouvelles pièces témoignant de cet aspect de la vie protocolaire de la cour impériale, c’est donc au château de Fontainebleau qu’il faudra se rendre pour admirer ce précieux objet (ill. 4 et 5) qui trouvera facilement sa place dans le musée Napoléon qui connaît en ce moment son plus important redéploiement depuis son inauguration en 1986.

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