Un nouveau monde. Naissance de la Lorraine moderne

Nancy, Musée Lorrain, du 4 mai au 4 août 2013.

Alors que le Musée des Beaux-Arts de Nancy se penche sur la fin du Maniérisme dans l’ensemble de l’Europe, le Musée Lorrain privilégie l’entier XVIe siècle dans un territoire limité à la Lorraine, conformément à sa vocation.

Le sujet est plus large chronologiquement mais beaucoup plus réduit sur le plan géographique. Musée d’Histoire, le Musée Lorrain multiplie les points de vue en ne se limitant pas aux œuvres d’art, ajoutant à sa démonstration des cartes, des objets, des livres et des documents historiques. Le parcours peine cependant à convaincre, hésitant perpétuellement entre histoire et histoire de l’art. En privilégiant le premier terme de l’alternative, il sacrifie le second et, malgré quelques œuvres de très grande qualité, on sort un peu frustré d’une exposition par ailleurs assez confuse.


1. Lorraine, deuxième quart du XVIe siècle
Pâmoison de la Vierge provenant d’un
retable de la Passion du Christ
Calcaire polychrome - 110 x 120 cm
Nancy, Musée Lorrain
Photo : Didier Rykner
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2. Ligier Richier (1500-1567)
Tête de Christ
Calcaire - 15 x 14 x 13 cm
Paris, Société de l’Histoire du protestantisme français
Photo : Didier Rykner
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Il est regrettable qu’on n’ait pas saisi cette occasion pour montrer un large panorama de l’art en Lorraine à la Renaissance. Si les enluminures, l’orfèvrerie et l’architecture font l’objet chacune d’un essai dans le catalogue, la peinture, la sculpture ainsi que la gravure sont oubliées. On ne saura pas grand-chose de la peinture lorraine au XVIe siècle, les quelques toiles exposées, principalement des portraits, sont dans l’ensemble assez médiocres, à l’exception de celles de Claude Deruet et Rémond Constant. Mais ces artistes sont hors sujet, relevant du XVIIe siècle, non du XVIe. Les dessins et gravures de Jacques Callot et Israël Silvestre ne sont pas mois incongrus dans cette exposition consacrée à la Renaissance. Quant à la gravure, elle est totalement ou presque oubliée, et il faut se rendre à l’exposition de Bar-le-Duc pour apprendre l’existence d’une école lorraine de haut niveau, pourtant très méconnue.


3. Ligier Richier (vers 1500-1567)
Gisant de Philippe de Gueldre, reine
de Sicile et duchesse de Lorraine
, 1548
Calcaire - 49 x 232 x 31,5 cm (gisant)
49 x 53 x 27 cm (orante)
Nancy, Musée Lorrain
Photo : Didier Rykner
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4. Ligier Richier (vers 1500-1567)
Gisant de Philippe de Gueldre, reine
de Sicile et duchesse de Lorraine
, 1548
détail de l’orante
Calcaire - 49 x 53 x 27 cm
Nancy, Musée Lorrain
Photo : Didier Rykner
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Le contraste qualitatif entre les tableaux et les sculptures est frappant. Celles-ci sont souvent très belles (ill. 1), le sommet, étant atteint, bien entendu, par le génial Ligier Richier dont plusieurs œuvres sont exposées. On peut admirer la Pamoison de la Vierge en bois (hélas totalement décapée) de Saint-Mihiel, un groupe profondément émouvant, mais aussi une petite tête de Christ rarement vue (ill. 2) car conservée à Paris par la Société d’histoire du protestantisme. Le Musée des Monuments Français a prêté un moulage, comme il le fait de plus en plus souvent désormais : celui du Transi de René de Chalon de Bar-le-Duc, intransportable en raison de sa fragilité. On découvrira également le gisant de Philippe de Gueldre nouvellement restauré (ill. 4 et 5).
Ligier Richier - dont le Festival Renaissance a permis la réédition aux éditions Vent d’Est des actes du colloque publié à l’origine en 2008 [1] - est le plus grand sculpteur lorrain du XVIe siècle, mais il n’est pas le seul. Beaucoup d’œuvres anonymes, certaines appartenant au Musée Lorrain, sont présentées. En revanche, l’immense retable de Philippe de Gueldre, certes conservé en Lorraine à Pont-à-Mousson, est en réalité anversois. Toutes ces œuvres sont placées là davantage à titre illustratif que dans une perspective d’histoire de l’art. On n’en apprendra pas beaucoup ici sur la sculpture en Lorraine au XVIe siècle, ni sur Ligier Richier, son école, ou le contexte artistique dans lequel il s’inscrit.


5. Atelier anversois, vers 1543
Retable de Philippe de Gueldre
Bois polychrome, huile sur panneaux - 200 x 400 cm (env.)
Pont-à-Mousson, église Saint-Laurent
Photo : Patrick A. Martin
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6. Atelier anversois, vers 1543
Retable de Philippe de Gueldre, détail
Bois polychrome, huile sur panneaux - 200 x 400 cm (env.)
Pont-à-Mousson, église Saint-Laurent
Photo : Didier Rykner
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Si le catalogue, qui comprend de nombreux essais et des notices des œuvres exposées, est un bel ouvrage (auquel il manque néanmoins un index), cette exposition ne tient donc pas toutes ses promesses. Elle constitue néanmoins un complément intéressant à celle du Musée des Beaux-Arts.


Commissariat général : Francine Roze.
Commissariat scientifique : Olivier Christin.
Assistante du commissariat : Audrey Fischer.


Sous la direction d’Olivier Christin, Un nouveau monde. Naissance de la Lorraine moderne, Somogy Éditions d’Art, 2013, 400 p., 39 €. ISBN : 9782757206737.


Informations pratiques : Musée Lorrain, 64, Grande Rue 54000 Nancy. Tél : 00 33 (0)3 83 17 86 7. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, sauf le lundi. Tarif : 4 € (réduit : 2,5 €).

Attention : le Musée Lorrain étant fermé le lundi, et le Musée des Beaux-Arts le mardi, nous conseillons aux lecteurs de La Tribune de l’Art de ne pas s’ y rendre un lundi ou un mardi, car vous ne pourrez visiter qu’une des deux expositions.

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