Un portrait de Gérôme par Gérôme entre au Fitzwilliam Museum

21/05/17 - Acquisition - Cambridge, Fitzwilliam Museum - Le portrait en pied d’Armand Gérôme, par son frère Jean-Léon, avait fait sensation à l’hôtel Drouot le 28 juin 2013, dans la vente Andrée Putman. C’est sans surprise qu’estimé 30 à 40 000 €, il avait atteint la somme déjà importante de 280 000 € (hors frais). Nous avions pu le revoir depuis à la foire de Maastricht chez Daniel Katz Ltd, puis il avait été prêté au Getty Museum. Il vient d’être acquis par le Fitzwilliam Museum de Cambridge pour fêter son bicentenaire, grâce à la participation de l’Art Fund et au succès d’une souscription publique.


1. Jean-Léon Gérôme
Portrait d’Armand Gérôme en
costume de polytechnicien
, 1848
Huile sur toile - 160 x 94 cm
Cambridge, Fitzwilliam Museum
Photo : Daniel Katz Ltd
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2. Jean-Léon Gérôme
Portrait d’Armand Gérôme en
costume de polytechnicien
, 1848
Huile sur toile - 50,2 x 43,8 cm
Londres, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art
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Le tableau, exposé au Salon de 1848, n’était plus localisé avant sa réapparition. On ne connaissait qu’un dessin préparatoire mis au carreau [1], où la position définitive du modèle n’est pas encore trouvée et un autre portrait d’Armand peint par Jean-Léon, en buste, conservé à la National Gallery de Londres, sans doute une étude pour cette composition (ill. 2). Armand Gérôme, né en 1827 et donc âgé de seulement 21 ans, est en costume de polytechnicien, appuyé contre la base d’un escalier. Il mourut jeune, d’une méningite.

Le tableau, comme d’ailleurs l’ensemble des œuvres de Gérôme exposées à ce Salon, plut à Théophile Gautier qui note dans La Presse que « le jeune artiste a fait preuve de goût, de délicatesse et de distinction ». À propos du portrait lui-même, il écrit que « son aspect bizarre et surtout le bicorne qui le coiffe [le] rendent légèrement inquiétant au premier abord [mais] laisse bientôt voir à quiconque s’y arrête, de sérieuses qualités de dessin […] ». Il ajoute que : « Les grâces trop aisément compréhensibles mènent très vite à l’aimable vulgarité […] ». Une fois de plus, Théophile Gautier se rêvele comme un des plus fins critique d’art du XIXe siècle. Le costume noir très prégnant, qui se détache sur un fond presque monochrome, le regard mélancolique du jeune homme (il serait excessif d’écrire qu’il prévoit sa fin prochaine) rendent cette image inoubliable. Il s’agit incontestablement d’un chef-d’œuvre de Gérôme, mais aussi de toute la peinture française du XIXe siècle, aux côtés des plus célèbres portraits d’Ingres.

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