Un relief en bois du XVIIIe siècle découvert sur la façade du Temple de l’Oratoire à Paris

1. Dupuis (probablement Pierre-Charles Dupuis)
Imposte sculpté de la grande porte, vers 1745
Bois
Paris, Temple de l’Oratoire
Photo : Didier Rykner
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12/7/11Découverte – Paris, Temple de l’Oratoire Ayant appris cette découverte juste après Alexandre Gady, il était bien normal de lui laisser la primeur de sa publication, ce qu’il a fait dans le dernier numéro de L’Estampille/L’Objet d’Art de juillet-août 2011 qui vient de paraître.

En restaurant la façade de l’église de l’Oratoire [1] (aujourd’hui un temple protestant), l’architecte en chef des monuments historiques Alain-Charles Perrot a en effet découvert que l’imposte surmontant le portail principal (ill. 1), qui ne portait aucun décor, était en réalité une planche qui couvrait un relief original en bois, probablement installée ici en 1792 alors que tout le reste du décor sculpté, que l’on connaît par une gravure, était martelé par les révolutionnaires et disparaissait corps et bien.
Cette sculpture montre un cœur enflammé, une ancre, un serpent qui se mord la queue (ill. 2) entourés par deux palmes. Les deux premiers attributs symbolisent la Charité et l’Espérance. Il est donc probable que le troisième figure la Foi, ce qui en ferait une représentation des trois Vertus Théologales. Nous en étions là de notre réflexion lorsqu’une recherche sur Google [2] nous a ramené la page d’un blog consacré à l’Oratoire qui est donc sans doute le premier à avoir signalé cette découverte, et dont l’analyse iconographique assez poussée semble rejoindre la nôtre. En revanche, il nous semble que les feuilles d’acanthe sont plutôt des palmes, c’est-à-dire les attributs du martyre, mais cela reste à confirmer par des spécialistes de la symbolique religieuse.


2. Dupuis (probablement Pierre-Charles Dupuis)
Imposte sculpté de la grande porte, détail, vers 1745
Bois
Paris, Temple de l’Oratoire
Photo : Didier Rykner
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Qui est l’auteur de cette œuvre remarquablement conservée ? Alexandre Gady nous rappelle que l’édifice resta longtemps inachevé et que sa façade ne fut construite qu’en 1745, ornée par Claude-Clair Francin et Nicolas-Sébastien Adam le Jeune de reliefs sculptés représentant des anges, des trophées, les armes de France, la croix... Il est donc presque certain [mais faux, voir ci-dessous] que l’un de ces deux sculpteurs (ou les deux) sont responsables pour l’exécution de ce relief resté caché, ignoré de tous, pendant plus de deux siècles.

Nous avons reçu de Daniel Imbert, d’intéressantes précisions sur l’iconographie et l’auteur probable de ce relief, ce dont nous le remercions :

« Le texte que vous avez récemment mis en ligne relatif à un relief en bois du XVIIème siècle [sic] [3] redécouvert au Temple de l’Oratoire appelle de ma part deux rectifications que je vous demanderais de bien vouloir porter à l’attention de vos lecteurs :

- l’analyse que vous faîtes de l’iconographie de ce tympan que vous pensez être consacré aux vertus théologales me paraît douteuse ; il convient en effet de relier cette partie du décor au décor bas des portes où figuraient (comme nous le disent les Archives de l’Oratoire conservées au Archives Nationales) différents symboles de la passion du Christ (roseau, éponge, lance et deniers - ces derniers étant encore visibles dans les angles bas des panneaux au centre des vantaux, ainsi que la partie basse de la lance rapportée sur le montant central). Avec le Cœur enflammé, l’ancre (symbole d’espérance) et ce que vous appelez joliment "le serpent qui se mord la queue" - en fait une figure d’Ouroboros (symbole du monde celeste, très présent dans l’architecture funéraire) -, c’est donc la personne du Christ qui est au centre du discours. A cela rien d’étonnant puisque le theocentrisme constitue le centre même de la pensée de Berulle, fondateur de l’ordre de l’Oratoire.

- l’attribution de ce relief à Francin ou Nicolas-Sebastien Adam est commode mais fausse. La lecture d’un récapitulatif de travaux conervé aux Archives Nationales nous apprend en effet que l’œuvre a été commandée à un certain Dupuis, sculpteur (probablement Pierre-Charles Dupuis dont Lami nous dit qu’il était sculpteur de l’Académie de Saint-Luc et qu’il habitait à sa mort en 1754 sur la paroisse de Saint-Roch). »

Invité sur le chantier par Alain-Charles Perrot, architecte et maître d’œuvre, nous aurions dû contacter la maîtrise d’ouvrage, c’est-à-dire la Conservation des Œuvres d’Art Religieuses et Civiles de la Ville de Paris dont Daniel Imbert est le chef, avant d’écrire cet article, ce qui nous aurait évité l’erreur sur l’attribution et permis de préciser l’iconographie. Notons que nous n’ignorions évidemment pas le nom d’Ouroboros, qui est représenté comme... un serpent qui se mord la queue et que l’interprétation certainement juste de Daniel Imbert du Christ au centre du discours ne nous paraît pas forcément contradictoire avec une représentation des Vertus Théologales.

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