Un tableau d’Abel de Pujol abîmé à cause d’une « mise à distance »

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30/6/19 - Musées - Mises à distance - Nous ne cessons de dénoncer les dangers que font courir aux œuvres les protections excessives mises en places dans les expositions, notamment pour celles appartenant au Louvre. Soit elles sont sous verre ce qui les rend souvent difficilement visibles, soit elle sont mises à distance par des systèmes qui vont du cordon ou la barrière à mi-hauteur à la petite estrade formant une marche et placée devant l’œuvre (voir cet article, ou celui-ci). Dans tous les cas, cela fait un obstacle au visiteur qui risque de ne pas le voir et de basculer dans l’œuvre, ayant ainsi l’effet exactement inverse à celui recherché.


1. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1785-1861)
Baptême de l’eunuque de la reine d’Éthiopie
(juste avant qu’il soit percé par la chute d’une visiteuse)
Huile sur toile - 240 x 306 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Anh-Minh Tran
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Nous avons appris qu’un tel incident a eu lieu hier au Musée d’Orsay. Une visiteuse a trébuché sur la marche placée devant le Baptême de l’eunuque de la Reine d’Éthiopie qui appartient au Louvre mais est en dépôt au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes. Le tableau a été déchiré, mais heureusement à un endroit peu important, dans le fond brun sous la main droite de l’eunuque ; la main n’a pas été touchée, ni les drapés. La restauration sera donc assez facile, mais on imagine le traumatisme que cela peut causer à la personne responsable de cela, qui en réalité n’est que victime d’une installation absurde. On frémit davantage quand on réalise que le tableau aurait pu subir des dégâts beaucoup plus importants.


2. Sur cette image issue d’une vidéo d’Euronews, on voit La Mort de Camoëns
par Joseph Léon de Lestang-Parade avec devant lui la mise à distance semblable à celle
du tableau d’Abel de Pujol et où il est très facile de trébucher.
À l’arrière-plan on voit que l’Olympia de Manet subit le même traitement.
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Nous avons été informés grâce à une lectrice de La Tribune de l’Art qui a assisté à l’incident et qui avait pu prendre cette photo juste avant l’incident [1] (ill. 1). Pour comprendre l’absurdité de ces aménagements qu’on retrouve hélas de plus en plus souvent, il suffit de regarder (nous n’avons pas d’autre photo disponible) la « mise à distance » de La Mort de Camoëns de Joseph Lestang-Parade dans cette même exposition (ill. 2). Le tableau n’appartient pas au Louvre, mais au Musée Granet. Nous ne savons s’il l’a imposé ou non, mais peu importe. Il faut arrêter cette course absurde à la sécurisation qui aboutit au résultat opposé à celui recherché. Un tableau doit être vu sans verre, et on doit pouvoir s’en approcher pour le regarder de près. Un vandale parviendra toujours à ses fins, quelles que soient les précautions prises. Le risque zéro n’existe pas, et le rechercher aboutit à ne plus voir les œuvres correctement. La meilleure solution reste de mettre en place un nombre suffisant de gardiens.

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