Un tableau de Carlo Dolci de retour à Osterley House

16/8/19 - Acquisition - Londres, Osterley House - Osterley Park, à l’ouest de Londres, est un des plus grands parcs de la capitale britannique. La « maison » qu’il entoure - en réalité un véritable château comme c’est souvent le cas pour ce que les Anglais appellent modestement « house » - fut construite à partir de 1761 par Robert Adam pour le banquier Francis Child, puis après sa mort en 1763 pour son frère Robert Child.


Carlo Dolci (1616-1687)
Sainte Agathe
Huile sur toile - 68,3 x 50,1 cm
Londres, Osterley House
Photo : National Trust Images
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Si une grande partie du mobilier d’origine y est encore conservé, la collection de peintures que réunit Robert Child fut malheureusement dispersée par ses héritiers. Parmi ces tableaux se trouvait une Sainte Agathe de Carlo Dolci, mise en vente le 5 juillet de l’année dernière par Christie’s. C’est lors de cette vente londonienne que le National Trust a pu l’emporter pour 248 750 £ (avec les frais) grâce notamment à une subvention de 85 000 £ de l’Art Fund, la participation de nombreux donateurs et d’un fonds créé par Simon Sainsbury pour aider les acquisitions du National Fund. Sans doute en raison de la nécessité de réunir les fonds, et parce que le tableau a entre-temps bénéficié d’une restauration, l’achat de cette œuvre vient juste d’être révélé, un peu plus d’un an après son achat.

Une rétrospective de Carlo Dolci, l’un des plus importants artistes florentins du XVIIe siècle, avait été organisée par le Palazzo Pitti en 2015, où cette toile avait été présentée comme œuvre autographe. Son histoire depuis qu’elle avait quitté Osterley House dans les années 30 est amusante, pas seulement parce qu’elle avait perdu son attribution, mais parce que le nom sous lequel elle était réapparu était assez absurde. Après avoir été conservée dans une collection luxembourgeoise comme Ingres, elle fut achetée par le propriétaire qui l’a revendue chez Christie’s dans une vente anonyme à Cologne, le 20 novembre 2009, comme « attribuée à Jean-Pierre Franque », un élève de David. Si l’on pouvait à la rigueur comprendre que le nom d’Ingres soit accolé à cette image qui peut, de manière très superficielle, faire penser aux Vierges de cet artiste, celui de Franque reste plus mystérieux.

Le style de Carlo Dolci est en réalité parfaitement reconnaissable dans cette œuvre : les coloris trahissent l’école florentine du XVIIe siècle et le type féminin, comme la douceur du traitement, qui peut parfois, chez Dolci - mais pas ici - aller jusqu’à une certaine mièvrerie, constitue une véritable signature pour ce peintre. Cette Sainte Agathe était conservée au XVIIIe siècle comme une Sainte Véronique. Les linges blancs tâchés de sang avec laquelle la martyre cache sa poitrine aux seins coupés ne laissent pourtant aucun doute sur l’iconographie. Le tableau fera partie d’une exposition qui aura lieu à Osterley House du 4 novembre 2019 au 23 février 2020 (Treasures of Osterley – Rise of a Banking Family).

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