Un tableau de Lehmann pour Washington, un dessin de Lehmann pour la Maison de Chateaubriand

1. Henri Lehmann (1814-1882)
Orientale, 1837
Huile sur toile - 75 x 61 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art
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6/8/19 - Acquisitions - Washington, National Gallery et Châtenay-Malabry, Maison de Chateaubriand - Le tableau d’Henri Lehmann (ill. 1), que vient d’acquérir la National Gallery de Washington auprès de la galerie Aaron qui l’avait exposé lors de la dernière Tefaf à Maastricht, n’est pas répertorié dans le catalogue raisonné de Marie-Madeleine Aubrun. L’œuvre est signée et datée de 1837 en haut à droite. Il s’agit donc d’une peinture de jeunesse, alors que Lehmann était encore très proche stylistiquement de son maître. Tant le canon de cette jeune orientale que son attitude évoquent Ingres, tandis que la richesse des tissus peut être comparée à celle des plus beaux portraits de ce dernier. On admirera également la manière dont la mer, à l’arrière-plan, se détache du ciel, dans une recherche de synthétisme qui fait jouer des nuances de bleu à peine différentes, et posées en grands aplats. Il s’agit incontestablement d’un chef-d’œuvre qui rejoint ainsi une collection où l’artiste n’était pas représenté, à l’exception d’une feuille représentant L’Incrédulité de saint Thomas, donnée en 2018 par John O’Brien, pas du tout typique de son art et qui est manifestement une copie d’après un maître italien. Une occasion de rappeler que le Louvre ne conserve que deux peintures d’Henri Lehmann, L’Eau ou La Source et son esquisse qui ne lui appartiennent d’ailleurs pas puisqu’il s’agit de deux œuvres M.N.R. Celle-ci ne sont d’ailleurs pratiquement jamais exposées (alors qu’il s’agit d’une obligation). Il est triste que ce grand peintre, l’un des meilleurs élèves d’Ingres n’y soit pas décemment représenté. On se consolera en allant voir les nombreux tableaux et décors qu’il a laissés dans les églises parisiennes, dont certains sont néanmoins en état très précaire.

2. Henri Lehmann (1814-1882)
Portrait d’Atala Varcollier, 1857
Mine de plomb - 37 x 29 cm
Châtenay-Malabry, Maison de Chateaubriand
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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Un grand musée achète un grand Lehmann, un petit musée n’achète pas un petit Lehmann, car il n’y a pas de petit Lehmann, d’autant qu’il s’agit d’un portrait dessiné et que l’artiste fut à la fois un excellent portraitiste et un dessinateur remarquable. Le musée, c’est la Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, et le dessin, acquis auprès de la galerie La Nouvelle Athènes, représente Atala Varcollier [1] (ill. 2), une acquisition qui allait de soi avec un prénom comme celui-ci, évident hommage à l’héroïne de l’écrivain. Celui-ci, en effet, n’accepta d’être parrain de l’enfant, née Stamaty, qu’à la condition qu’elle portât ce nom, ce qui ne fut pas simple et qui dut remonter jusqu’au pape. Celui-ci, donnant finalement son autorisation, aurait déclaré : « Il n’y a pas de sainte Atala ; il ne lui reste plus qu’à le devenir [2] ». Si elle ne fut pas sainte, elle devint artiste et se spécialisa dans les copies. Elle fit notamment une copie de l’autoportrait d’Ingres.
Ce portrait de Lehmann est daté de 1857 et dédicacé à son ami Varcollier, le mari d’Atala qu’elle épousa à l’âge de seulement quinze ans. Un an avant, elle avait posé pour Ingres dans un des plus célèbres portraits dessinés de celui-ci, La Famille Stamaty, aujourd’hui conservé au Musée du Louvre. Notons enfin que, selon la tradition, le visage d’Atala à l’âge de dix ans aurait servi à Ingres de modèle pour celui de son Odalisque

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