Un tableau de Mantegna redécouvert

22/5/18 - Découverte - Bergame, Accademia Carrara - Une nouvelle réattribution d’un tableau dans les réserves d’un musée vient une fois de plus de démontrer le danger que représente l’aliénation des œuvres.
Il s’agit ici de l’Accademia Carrara à Bergame, et de rien moins qu’un panneau d’Andrea Mantegna. Le musée italien vient en effet de faire savoir [1] qu’une Résurrection du Christ considérée jusqu’ici comme une copie ou de l’atelier de Mantegna est bien, en réalité, un tableau du maître - ou plutôt un fragment de tableau, et qu’il sera bientôt publié par Giovanni Valagussa dans le catalogue des peintures italiennes du trecento et du quattrocento de l’Accademia Carrara qui doit paraître dans les prochains jours.


1. Andrea Mantegna (1431-1506)
Résurrection du Christ
Huile sur panneau
Bergame, Accademia Carrara
Photo : Accademia Carrara
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2. Andrea Mantegna (1431-1506)
Descente du Christ aux limbes
Huile sur panneau
Collection particulière
Photo : Sotheby’s
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Ce tableau constitue la partie supérieure d’un autre panneau passé en vente chez Sotheby’s en 2003 (ill. 2). Les deux fragments correspondent parfaitement, et un bout de croix que l’on voit en bas du panneau de l’Accademia Carrara prolonge exactement l’étendard que tient le Christ, penché vers les âmes sortant des limbes de l’œuvre vendue il y a quinze ans. Les deux scènes représentées sont, à la partie inférieure, la descente du Christ aux limbes, et à la partie supérieur la résurrection qui vient chronologiquement juste après cet épisode que l’on trouve uniquement dans l’évangile selon saint Luc (il y a quelques semaines le Musée d’Art et d’Histoire de Besançon avait acquis un dessin représentant le Christ au limbes vendu comme une Résurrection, ce qui démontre la proximité des thèmes - voir la brève du 24/4/18).


3. Sano di Pietro (1406-1481)
Triptyque avec Vierge à l’enfant, Saint Jean-Baptiste, Saint Jérôme
Tempera et or sur panneau - 44,1 x 63,9 cm
Vendu par le Metropolitan Museum le 22/5/2018
Photo : Sotheby’s
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Imaginons ce tableau dans un musée américain où les ventes sont possibles : rien ne dit qu’il n’aurait pas subi un « deaccessioning » pour une somme ridicule. À propos d’aliénation des œuvres, signalons que le Metropolitan Museum vendait aujourd’hui à New York des tableaux de sa collection, dont un ravissant triptyque de Sano di Pietro (ill. 3). Estimé 250 000 à 350 000 $, il vient de se vendre pour 1 350 000 $, prix marteau. Décidément, le Metropolitan Museum, qui mène une brillante politique d’acquisition, est a contrario un vendeur fort peu avisé (voir la brève du 1/5/18). Il conserve certes plusieurs œuvres du siennois, dont une assez proche du panneau central, mais a-t-on jamais trop de Sano di Pietro ?

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