Un tableau de Téofil Kwiatkowski acquis par le Musée de l’histoire de l’immigration

17/7/19 - Acquisitions - Paris, Musée national de l’histoire de l’immigration - Le musée national de l’histoire de l’Immigration, installé au sein du Palais de la Porte Dorée, a récemment pu acquérir auprès de la galerie La Nouvelle Athènes un tableau du peintre Téofil Kwiatkowski, aussi intéressant pour ses collections par le sujet représenté que par le parcours de son auteur.


Téofil Kwiatkowski (1809-1891)
Jeune Polonaise saisie par le froid, 1842
Huile sur toile - 55 x 45 cm
Paris, Musée national de l’Histoire de l’immigration
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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Issu d’une famille noble polonaise, élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie, Téofil Kwiatkowski s’était engagé en novembre 1830 dans l’armée d’insurrection qui luttait contre la Russie. Sa défaite, un an plus tard, le jeta sur la route de l’exil. Comme des milliers d’autres Polonais, il traversa la Bohème et la Bavière, prenant la direction de la France où il fut d’abord immobilisé au dépôt militaire d’Avignon ouvert à cet effet. Il put ensuite rejoindre la cour d’exilés du prince Adam Jerzy Czartoryski (1770-1861), dont l’immense fortune lui avait permis d’acquérir le célèbre hôtel Lambert, sur l’île Saint-Louis. Beaucoup de jeunes artistes qui avaient pris part à la rébellion trouvèrent refuge à Paris, où ils purent achever leur formation dans les ateliers de Léon Cogniet, Horace Vernet ou encore Ary Scheffer, comme ce fut le cas pour Kwiatkowski. Toute une génération d’artistes polonais en exil qui se regroupa dans le salon du prince, qui devint un haut lieu du romantisme. C’est là que Téofil Kwiatkowski plaça son œuvre la plus célèbre, Le Bal à l’Hôtel Lambert, conservée au musée de Poznan en Pologne. Frédéric Chopin constitue bien sûr la figure de proue de ce cercle d’exilés polonais : Téofil Kwiatkowski a laissé de lui plusieurs effigies, considérées comme ses représentations les plus fidèles et les plus intimistes. A la mort du pianiste en 1849, il exécuta plusieurs dessins devant sa dépouille puis fit partie, aux côtés d’Eugène Delacroix, du comité chargé d’élever le monument funéraire de Chopin au cimetière du Père-Lachaise.

Méconnu en France [1], Kwiatkowski jouit au contraire d’une grande célébrité en Pologne. La raison en est peut-être à chercher dans le bon mot de Théophile Gautier, souvent rapporté à propos de l’artiste : « le Polonais Théophile Kwiatkowski serait fort connu s’il jouissait d’un nom prononçable [2] ». Souvent réduit à sa relation avec Chopin, le peintre est pourtant un bon portraitiste romantique. Le sujet représenté dans ce tableau, une jeune Polonaise saisie par le froid, justifie également son achat par le Musée de l’histoire de l’Immigration : son titre explicite clairement le lien avec la terre d’origine du peintre et rappelle aussi la route de l’exil qui fut celle de Téofil Kwiatkowski. Peinte en 1842, cette figure féminine semble évanouie sur la toile, où son visage aux traits idéalisés, enserré dans un foulard blanc, se détache sur le fond sombre. Les yeux clos, elle semble parfaitement apaisée et n’est pas sans évoquer les portraits de jeunes femmes endormies de Pietro Rotari, à qui elle emprunte aussi son érotisme subtil. Son vêtement de velours doublé de fourrure renvoie aux régions froides où a grandi le peintre et fait de la toile un souvenir nostalgique de son pays d’origine. Contrairement au mouvement auquel le rattachent ses amitiés artistiques, Téofil Kwiatkowski livre ici une œuvre à l’inspiration plutôt classique, le visage de la jeune fille évoquant davantage Ingres que Delacroix.

L’acquisition de ce tableau permet d’enrichir la partie dédiée au XIXe siècle des collections du Musée de l’histoire de l’immigration. La toile est destinée à rejoindre le nouveau parcours permanent du musée, qui devrait ouvrir à l’automne 2020, où elle permettra d’évoquer la grande immigration polonaise des années 1830, qui fut l’une des premières vagues d’immigration du XIXe siècle [3].

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