Un tableau en mosaïque de plumes préempté par le Quai Branly

27/5/19 Acquisition – Paris, Musée du Quai Branly Le Musée du Quai Branly a préempté un rare tableau en mosaïque de plumes pour la somme de 283 360 euros (frais inclus) lors de la vente Couteau-Bégarie du vendredi 24 mai à Drouot. Réalisé au Mexique dans la seconde moitié du XVIe siècle, il est, en dépit de sa très grande fragilité, conservé dans un état exceptionnel, dans son cadre en ébène d’origine. Il demeurait en collection privée française depuis la fin du XIXe siècle. L’art de la plumasserie, d’abord réservé aux textiles funéraires sert, à l’arrivée des conquistadors, des œuvres destinées à l’évangélisation des populations locales mais aussi à l’exportation. Mêlant technique précolombienne et iconographie chrétienne, ces tableaux virtuoses ornent alors les cabinets de curiosités de nombreux princes de la Renaissance. L’inscription « Del Principe... » au revers du tableau qui vient d’être acquis, suivie d’un probable monogramme, conforte cette origine princière.


Juan Baptista Cuiris (actif à Pátzcuaro au Mexique, 1550-1580)
Le Christ Bon Pasteur, la Prédication de Saint Jean Baptiste
et le Baptême du Christ

Mosaïque de plumes polychromes sur panneau - 20,4 x 30,2 cm
Paris, Musée du Quai Branly
Photo : Drouot
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Trois scènes figuratives se détachent d’un fond paysagé, le Christ Bon Pasteur, au centre, encadré de deux scènes de la vie de Saint Jean Baptiste, la Prédication à gauche et le Baptème du Christ à droite. Cette dernière pourrait être inspirée d’une gravure sur bois de l’artiste allemand Hans Wechtlin I (1480/85, après 1526) qui, à son instar, place les anges à gauche derrière Jean-Baptiste et somme le Christ et les eaux du Jourdain d’une nuée dévoilant la Colombe du Saint Esprit et la figure de Dieu le Père. La première étape de réalisation de ces tableaux de plumes consistait à concevoir un modèle à partir de gravures. Elle était confiée aux « tlacuilos » qui travaillaient en collaboration avec les « amentecas » qui venaient à leur suite réaliser le patron - apposé sur un support en bois recouvert d’une feuille d’agave et d’une feuille de coton - sur lequel disposer de bas en haut les plumes telles des tesselles. Près de dix mille plumes étaient nécessaires pour composer une œuvre comme celle que le Musée du Quai Branly vient d’acquérir. Il s’agit ici de plumes de plusieurs espèces de colibri et de quetzal particulièrement précieuses du fait de leur iridescence. La finesse d’exécution est spectaculaire, si certaines très petites plumes de colibri sont utilisées entières, ce sont en grande partie les filaments des plumes - infimes fragments - qui sont juxtaposés en une multitude de nuances détaillant jusqu’aux carnations des visages.

Ce tableau pourrait être attribué à l’un des rares artisans plumassiers identifiés, Juan Baptista Cuiris. Le Kunsthistorisches Museum de Vienne conserve deux tableaux de plumes portant sa signature. Ils représentent la Vierge et le Christ et présentent de grandes similitudes, de la très vive gamme chromatique, au traitement des drapés par bandes colorées, à la chevelure très particulière des anges.

Le Quai Branly conservait déjà en réserves un tableau de plumes mexicain à l’iconographie chrétienne représentant Saint Luc, la Vierge et l’Enfant Jésus. Citons également dans les collections françaises, le fameux Triptyque de la Crucifixion du Musée national de la Renaissance d’Ecouen et La Messe de saint Grégoire du musée des Jacobins à Auch.

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