Un triptyque du XVe siècle acquis par le Musée Boijmans

29/8/13 - Acquisition - Rotterdam, Musée Boijmans Van Beuningen - La collection du Musée Boijmans s’est enrichie en juillet 2013 d’un triptyque anonyme, probablement peint à Bruges vers 1410, illustrant la Déploration, encadrée des saints Antoine et Jean-Baptiste.


Saint Antoine
Panneau - 31 x 12,8 cm
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Triptyque de la Déploration
Bruges ?, vers 1410-1420
Panneau - 31 x 31,9 cm
Rotterdam, MuséeBoijmans Van Beuningen
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Saint Jean-Baptiste
Panneau - 31 x 12,8 cm
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L’œuvre appartenait à un collectionneur privé italien, qui l’avait prêtée pour l’exposition « Chemin vers Van Eyck » que le musée organisait entre octobre 2012 et février 2013, déployant un panorama de la peinture de la fin du Moyen Age jusqu’à l’art de Jan van Eyck. Elle a finalement été achetée par le Musée Boijmans, avec l’aide financière de plusieurs fondations publiques et privées [1].

Ce triptyque appartient encore au gothique international. Les personnages sont peints sur fond d’or, toutefois leurs visages et leurs gestes expriment leur douleur : une sainte femme pose une main sur sa joue, saint Jean retient Marie qui embrasse son fils, son visage collé au sien, Marie-Madeleine baise la main du Christ dont le corps disposé en diagonale permet de creuser l’espace. Les figures ne sont pas intégrées dans le paysage que l’on voit à droite de la composition : à l’arrière-plan du Golgotha se dresse sans doute la Jérusalem céleste. Le peintre multiplie les détails anecdotiques - les clous et les pinces, qui appartiennent plutôt à l’iconographie de la Descente de croix, les petits sacs d’aromates pour l’embaumement, des animaux étranges, qui s’éloignent de la scène, une colonnette blanche qui se dresse au loin. Les vêtements élégants des hommes - notamment Joseph d’Arimathie et Nicodème - sont minutieusement décrits ; les corps sont fins et élancés, les poses recherchées, bien que l’artiste ne maîtrise pas les raccourcis ; la figure du premier plan tourne complètement le dos au spectateur.

Sur les volets, les deux saints se tiennent sous des architectures très travaillées, l’une avec des arcs en plein cintre, l’autre des arcs en accolades.
La présence de saint Antoine ermite, invoqué contre différentes maladies infectieuses et contagieuses, suggère que la peinture fut commandée par un hôpital. Le visage de Jésus est d’ailleurs la partie la plus abimée, sans doute trop touchée par des fidèles venus le prier. L’ensemble est cependant plutôt en bon état de conservation, bien que le cadre original ait disparu et que les panneaux aient été réduits. La figure de Jean-Baptiste est particulièrement belle : le saint est relié à la scène principale par son doigt tendu qui désigne le Christ au spectateur, semblant dire Voici l’agneau de Dieu... Il se distingue par l’élégance de sa posture, sa longue et fine jambe, sa tête levée ; l’effet décoratif des drapés contraste avec la pauvreté de son habit. Devant lui, à une toute autre échelle, se cabre l’agneau doté de la croix et du phylactère.

Ce rare triptyque a rejoint un autre conservé par le musée Boijmans : Le triptyque de Norfolk.

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