Une esquisse d’Horace Vernet découverte et acquise par le Musée des Beaux-Arts de Montréal

13/12/17 - Acquisition - Montréal, Musée des Beaux-Arts - C’est une belle découverte qu’a réalisée Sylvain Cordier, conservateur au Musée des Beaux-Arts de Montréal, dans une vente aux enchères Beaussant-Lefèvre qui se déroulait le 29 septembre dernier. Un tableau était en effet présenté comme de l’école française du XIXe siècle, ce qu’il est assurément. Il n’y a pas d’erreur sur la substance puisque cette toile a un auteur, qui appartient à l’école française du XIXe siècle, et qui n’est autre… qu’Horace Vernet. L’œuvre a été acquise par le musée canadien pour 6500 € sans les frais.


1. Horace Vernet (1789-1863)
Napoléon, à la veille de la bataille de la Moscova, présente à
son état-major le tableau représentant le Roi de Rome qui
vient d’être peint par Gérard
, 1813-1814
Huile sur toile - 32 x 47 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal
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Elle représente Napoléon, à la veille de la bataille de la Moscova, présente à son état-major le tableau représentant le Roi de Rome qui vient d’être peint par Gérard (ill. 1) et il s’agit de l’esquisse d’une grande composition que l’artiste ne réalisa finalement jamais [1]. Elle avait été commandée par le maréchal Berthier. Celui-ci ornait alors son hôtel particulier de compositions célébrant la gloire de l’Empire. On trouve la description de la scène représentée notamment par le baron Bausset qui avait apporté le portrait de son fils à l’Empereur et qui tient le tableau dans la peinture, dans ses Mémoires anecdotiques sur l’intérieur du Palais. Elle mérite d’être citée entièrement : « Je partis emportant le portrait du jeune et bel enfant. Depuis Saint-Cloud jusqu’au quartier-général, je trouvai la route couverte de soldats […] et ce ne fut pas sans beaucoup de peine que j’arrivai, le 6 septembre a neuf heures du matin, à la tente de S. M., après trente-sept jours de voyage. Je lui remis les dépêches que l’impératrice avait bien voulu me confier, et je lui demandai ses ordres relativement au portrait de son fils. Je pensais qu’étant à la veille de livrer la grand bataille qu’il avait tant désirée, il diffèrerait de quelques jours d’ordonner l’ouverture de la caisse dans laquelle ce portrait était renfermé. Je me trompais : pressé de jouir d’une vue aussi chère à son cœur, il m’ordonna de la faire porter de suite à sa tente. Je ne puis exprimer le plaisir que cette vue lui fit éprouver […] Ses yeux exprimaient l’attendrissement le plus vrai. Il appela lui-même tous les officiers de sa maison et tous les généraux qui attendaient à quelques distances ses ordres, pour leur faire partager les sentiments dont son cœur était rempli. « Messieurs, leur dit-il, si mon fils avait quinze ans, croyez qu’il serait ici au milieu de tant de braves autrement qu’en peinture… ». Un moment après, il ajouta… « Ce portrait est admirable… » Il le fit placer en dehors de sa tente, sur une chaise, afin que les braves officiers et les soldats de sa garde pussent le voir et y puiser un nouveau courage. Ce portrait resta ainsi toute la journée ».


2. François Gérard (1770-1837)
Portrait du Roi de Rome
Huile sur toile - 60 x 49 cm
Fontainebleau, château
Photo : RMN-GP/D. Arnaudet /J. Schormans
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Le grand tableau ne fut probablement jamais réalisé par Horace Vernet en raison de l’abdication de l’Empereur et du ralliement de Berthier à Louis XVIII. L’esquisse figure dans le catalogue de la vente après décès de Gérard, et Sylvain Cordier émet l’hypothèse vraisemblable qu’elle lui avait été offerte par Vernet qui l’admirait. Elle se retrouva ensuite dans la collection de la comtesse de Montesquiou et dans sa vente après décès fin janvier 1872. Elle passe alors dans la famille de Brantes, au château du Fresne, où elle perd son attribution que lui a brillamment rendu le conservateur du Musée des Beaux-Arts de Montréal.
Le tableau de Gérard représenté dans cette esquisse, qui n’est plus localisé et a sans doute été détruit dans la déroute de Russie, est la seconde version d’une première version, probablement celle conservée au château de Fontainebleau (ill. 2).

L’esquisse nouvellement acquise sera présentée dans l’exposition « Napoléon : art et vie de cour au palais impérial » que présentera le Musée des Beaux-Arts de Montréal du 3 février au 6 mai 2018.

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