Une exposition sur les portraits de Jacques-Émile Blanche permet de découvrir le musée de Libourne

Sans que cela ait un rapport direct avec la mission sur la circulation des œuvres (voir cet article) confiée à Olivia Voisin et Sylvain Amic, ce dernier a déjà mis en pratique cette idée de prêter des œuvres pour organiser des expositions dossier ayant un sens dans de petits musées de région. Rouen a en effet organisé, avec le Musée des Beaux-Arts de Libourne, une présentation de portraits de Jacques-Émile Blanche provenant de ses collections, accompagnée d’un petit catalogue d’ailleurs très riche et très bien fait, où chaque œuvre est longuement étudiée et où l’art du peintre dans ce genre est finement analysé. On y découvre aussi pour la première fois un tableau qui vient d’être légué au Musée des Beaux-Arts de Rouen par Anne Wiazemsky, le beau portrait de Jeanne Mauriac (ill. 1).


1. Jacques-Émile Blanche (1861-1942)
Portrait de Jeanne Mauriac, 1923
Huile sur toile - 97 x 73 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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L’exposition se déroule pour un mois encore dans l’ancienne chapelle du Carmel qui sert de lieu d’exposition au musée. Il faut d’ailleurs regretter - mais c’était le fait d’une précédente équipe municipale, dans les années 1980 - l’absurde peinture blanche qui a recouvert tout l’édifice et cache la fresque monumentale - modeste de qualité mais dont les photos existantes montrent qu’elle n’était pas nulle - qui ornait l’abside.


2. Vue de la place Abel Surchamp à Libourne
Photo : Didier Rykner
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3. Maisons à arcades bordant la
place Abel Suchamp de Libourne
Photo : Didier Rykner
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4. Salle du conseil de l’Hôtel de Ville de
Libourne avec les tableaux de René Princeteau
Photo : Didier Rykner
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Cette exposition donne l’occasion d’écrire sur le Musée des Beaux-Arts de Libourne, dont Jacques Foucart avait déjà parlé ici à l’occasion de la parution d’un ouvrage sur cent tableaux restaurés, qui se trouve à seulement un peu plus d’une demi-heure en train de Bordeaux. Celui-ci est hébergé au dernier étage de l’Hôtel de Ville et ce que nous avons pu en voir, comme ce qu’il conserve encore dans ses réserves, montre qu’il mériterait d’être à la fois mieux connu et de bénéficier de davantage de moyens, ainsi que d’un lieu qui lui soit entièrement dédié. Pour l’instant, le conservateur Thierry Saumier, très actif et impliqué dans la mise en valeur de ses collections, fait ce qu’il peut avec des moyens faibles. Cela est d’autant plus dommage que la mairie ne semble pas inattentive à son patrimoine. L’aménagement de la belle place Abel Surchamp que borde l’Hôtel de Ville en est une preuve (ill. 2 et 3). Ici, nul mobilier urbain horrible, pas de pots de fleurs ridicules ni de bancs en bois brut. Les quelques bancs présents ne sont pas en bois brut abimés et tagués comme on peut en voir à Paris, mais d’une forme simple, en acier, tellement discrets qu’on les remarque à peine. Des réverbères anciens cèdent à la mode de la végétalisation, mais là encore d’une manière simple et à vrai dire plutôt réussie. Bref, cette place à arcades entourée de belles maisons est agréable et fait honneur à la commune.


5. Escalier de l’Hôtel de Ville
menant au musée
Photo : Didier Rykner
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6. Étienne-Maurice Falconet (1716-1791)
Augustin Pajou (1730-1809)
La France éplorée devant le buste de Louis XV, 1747-1764
Libourne, Musée des Beaux-Arts
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7. Bartolomeo Manfredi (1582-après 1622)
Le Christ chassant les marchands du temple
Huile sur toile - 162 x 244 cm
Libourne, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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L’Hôtel de Ville classé monument historique qui abrite le musée est un bâtiment du XVIe siècle largement remanié au XIXe siècle dont la pièce principale est ornée de grandes toiles de René Princeteau (ill. 4). Et s’il faut regretter l’ascenseur installé dans l’escalier principal (inévitable pour l’accès handicapé au musée), au moins celui-ci a-t-il été construit en évitant au maximum de mutiler l’architecture (ill. 5).
Le Musée lui même, qui nous accueille avec un groupe sculpté d’Étienne-Maurice Falconet (ill. 6), se compose essentiellement de deux grandes salles. Dans la première est accrochée la peinture ancienne et néoclassique. Parmi les chefs-d’œuvre des collections (nous renvoyons à l’article de Jacques Foucart pour en savoir plus), on compte bien sûr Jésus chassant les marchands du temple de Bartolomeo Manfredi (ill. 7), qui était jadis dans l’église mais a dû rejoindre le musée pour des questions de conservation, mais aussi de grands tableaux de Salon par Louis-Jean-François Lagrenée (ill. 8) ou Jean-Charles Nicaise Perrin. Si les artistes phares sont rares, ils ne sont pas absents comme le démontre par exemple une Triple étude de tête de vieillard par Jacob Jordaens. Une des caractéristiques du fonds est le nombre de chefs-d’œuvre d’artistes secondaires du XIXe siècle. On admire ainsi la spectaculaire Arrestation de saint Marc de Jérôme Lordon (ill. 9) ou L’Enfance de Michel de Montaigne de Pierre Nolasque Bergeret, tableaux également remarqués par Jacques Foucart.
Des toiles notables demeurent malheureusement en réserves, faute de places, même si l’accrochage tourne et que le conservateur tente de les exposer régulièrement. Nous regrettons par exemple de ne pas avoir vu la Pietà de Giovanni Battista Beinaschi ou l’immense Pentecôte de Nicolas de Plattemontagne, qui mérite réellement d’être présentée.


8. Louis-Jean-François Lagrenée (1725-1805)
Fabricius, accompagné de sa famille, refuse
les présents que Pyrrhus lui envoie

Huile sur toile - 325 x 260 cm
Libourne, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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9. Pierre Jérôme Lordon (1780-1838)
L’Arrestation de saint Marc, Salon de 1819
Huile sur toile – 466 x 371 cm
Libourne, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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On notera à côté de quelques primitifs italiens un petit ensemble d’albâtres anglais de Nothingham, et surtout le très grand nombre d’œuvres du peintre de chevaux René Princeteau, auquel le musée avait dédié une exposition il y a quelques années (voir l’article). Une partie est présentée dans la seconde salle, consacrée au XIXe et au XXe siècle, y compris l’esquisse acquise par souscription en 2014 (voir la brève du 17/4/14). Le musée peut montrer aussi beaucoup de peintures de la première moitié du XXe siècle. Il mène une politique d’acquisition, forcément limitée en raison de budgets peu importants, mais fort judicieuse dans ses choix, essentiellement tournés vers cette période mais portant aussi sur l’art ancien (un dessin préparatoire au Lagrenée a ainsi pu être acheté en 2017). Nous consacrerons prochainement une brève à ces acquisitions récentes, mais nous ne résistons pas au plaisir de publier ici un Autoportrait d’une femme peintre (ill. 10) que nous ne connaissions absolument pas, et qui nous paraît admirable. Cette œuvre a été achetée en 2011.


10. Mathilde Arbey (1890-1966)
Fin de journée. Autoportrait dans l’atelier
Huile sur toile - 145 x 112 cm
Libourne, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Signalons enfin que l’église Saint-Jean-Baptiste, même privée de son Manfredi et du Plattemontagne qui en provient aussi, mérite une visite. On y trouve encore plusieurs tableaux intéressants dont un grand Joseph-Benoît Suvée, hélas en mauvais état et qui mériterait certainement une restauration. Vous pouvez les voir dans notre base Stella. Incontestablement, Libourne réserve de bonnes surprises et mérite une visite, tellement simple à organiser à partir de Bordeaux.


Sous la direction de Thierry Saumier et Xavier Rosan, Jacques-Émile Blanche. Le peintre aux visages, Le Festin, 2018, 96 p., 14,50 €. ISBN : 9782360622009.


Informations pratiques : Exposition Jacques-Émile Blanche. Le peintre aux visages, du 26 mai au 22 septembre 2018. Musée des Beaux-Arts, chapelle du Carmel, 45, allées Robert Boulin, 33500 Libourne. Tél : + 33(0)5 57 51 91 05. Ouvert du mardi au samedi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h (fermeture le dimanche et le lundi). Entrée gratuite.
Page internet.

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