Une vue du château de Chantilly au XVIIIe siècle préemptée par le musée Condé

4/7/19 - Acquisition - Chantilly, musée Condé - En 1970, le musée Condé du château de Chantilly se portait acquéreur lors d’une vente à l’hôtel Drouot d’une grande gouache de Jean-Baptiste Lallemand représentant le château de Chantilly au milieu du XVIIIe siècle (ill. 2). Il s’agissait déjà d’un précieux témoignage de la vie que menaient les princes de Condé sous l’Ancien Régime et surtout de l’élévation de l’ancien Grand Château, remanié par l’architecte Jean Aubert entre 1718 et 1741 mais qui ne survivra pas à la Révolution. La vue depuis la grille d’honneur et ses deux pavillons - toujours en place - montre également le Petit Château élevé pour le connétable de Montmorency à la Renaissance ainsi que la grande perspective mise en place par André Le Nôtre pour le Grand Condé. L’emplacement du château d’Enghien, élevé par Jean-François Leroy à partir de 1769 en prévision des noces princières entre les Condé et les Orléans, est occupé sur le dessin par une terrasse plantée d’arbre.


1. Jean-Baptiste Lallemand (1716 - vers 1803)
Le château de Chantilly vu des parterres
Aquarelle, pastel et gouache sur papier - 37,5 x 68,5 cm
Chantilly, musée Condé
Photo : Actéon Compiègne
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C’est le très probable pendant de cette œuvre qui passait en vente le samedi 29 juin à Compiègne (Compiègne Enchères OVV) où il a très heureusement pu être préempté pour la somme très raisonnable de 4 800€ (5 952€ avec les frais) grâce au soutien des Amis du musée Condé. Encore conservé dans son cadre d’origine (ill. 1 et 3), ce dessin de mêmes dimensions que la feuille acquise en 1970 possède le même fond bleu et le même trait d’encadrement noir. Le Grand Château est ici représenté depuis les parterres, ce qui permet à l’artiste de montrer dans toute son ampleur le Grand Degré dessiné par Le Nôtre pour raccorder la terrasse du Connétable aux parterres à la française. La vue est animée de personnages flânant dans le jardin, montant l’escalier, admirant les carpes dans le bassin et d’un jardinier au travail sur le parterre. On distingue dans le lointain la salle du Jeu de Paume édifiée en 1756 mais aussi l’ancienne galerie des Cerfs, qui sera rasée en 1785, ce qui permet d’affiner la fourchette de datation des deux dessins : entre 1756 et 1769.


2. Jean-Baptiste Lallemand (1716 - vers 1803)
Le retour de la chasse à courre au château de Chantilly
Gouache sur papier - 38 x 68,5 cm
Chantilly, musée Condé
Photo : RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda
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3. Jean-Baptiste Lallemand (1716 - vers 1803)
Le château de Chantilly vu des parterres
Aquarelle, pastel et gouache sur papier - 37,5 x 68,5 cm
Chantilly, musée Condé
Photo : Actéon Compiègne
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Fils d’un tailleur de Dijon, Jean-Baptiste Lallemand est donc originaire de Bourgogne, province dont les princes de Condé étaient généralement gouverneurs. Il obtint ses lettres de maîtrise en 1744 puis se rendit à Paris où il fut reçu en 1745 à l’Académie de Saint-Luc comme peintre de paysages. Il part ensuite pour l’Italie où il se marie à Rome en 1748 mais revient en France à partir de 1761. S’il réalise beaucoup de vues de fantaisie, il sait aussi travailler avec une grande exactitude sur des sites réels. Ses œuvres imaginées pour des demeures particulières forment volontiers des paires, à l’instar de ces deux vues de Chantilly désormais réunies. D’autres artistes dijonnais comme Nicolas-Anne Dubois, par exemple, sont venus travailler pour les princes de Condé, à Chantilly ou à Paris.

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