Versailles : l’antichambre du Grand Couvert restaurée

1. Plafond de l’Antichambre du Grand Couvert
Versailles, château
Photo : Anne Chauvet
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18/10/10 – Restauration – Versailles, Musée national du château – Le château de Versailles, après notamment le Salon d’Hercule et la Galerie des Glaces, poursuit la restauration des décors peints des appartements royaux. Dernière en date, celle du plafond de l’antichambre du Grand Couvert (ill. 1) s’est achevée récemment et a été inaugurée aujourd’hui [1].

Conçues par Charles Le Brun mais exécutées par Antoine Paillet et Claude-François Vignon, les compositions peintes représentaient des scènes liées à Mars. Cette salle était en effet à l’origine celle des gardes de la Reine avant de devenir la pièce où le roi et sa famille soupaient devant les courtisans. Malheureusement, la peinture principale, au centre du plafond, due à Vignon, fut très tôt ruinée et remplacée en 1814-1815 par une toile de Véronèse, Saint Marc récompensant les vertus théologales [2], à laquelle fut substituée en 1861 la toile marouflée actuellement en place représentant La Famille de Darius aux pieds d’Alexandre (ill. 2), un carton de tapisserie peint par Henri Testelin d’après une œuvre de Le Brun (également conservée à Versailles). En 2007, des mesures d’urgence furent prises en raison de soulèvements qui affectaient les camaïeux des voussures. La restauration a duré d’avril 2009 à juillet 2010.


2. Henri Testelin (1616-1695), d’après Charles Le Brun
La Famille de Darius aux pieds d’Alexandre, après restauration
Antichambre du Grand Couvert
Versailles, château
Photo : Didier Rykner
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3. Antoine Paillet (1626-1701)
Zénobie combattant contre les troupes de l’empereur Aurélien,
détail après restauration
Antichambre du Grand Couvert
Versailles, château
Photo : Didier Rykner
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Si la toile centrale de Testelin était bien conservée (l’œuvre est même, après restauration, en meilleur état que l’original de Le Brun), les voussures, particulièrement les camaïeux (ill. 3), sont en grande partie repeintes. Le choix a été fait de ne pas dérestaurer ces œuvres car il n’apparaissait pas possible d’y retrouver la peinture originale. En revanche, les repeints des deux tondi (ill. 4 et 5) et des deux Devises royales (ill. 6), moins importants, ont été en partie enlevés. Il fallait, face à des œuvres ayant évolué de manière différente, arriver à un état satisfaisant pour lequel il n’y aurait pas trop de discordance entre les tableaux. Le résultat est incontestablement à la hauteur des espérances.


4. Antoine Paillet (1626-1701)
La Fureur et la Guerre devant le temple de Janus
Antichambre du Grand Couvert, voussure nord
Versailles, château
Photo : Didier Rykner
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5. Restauratrice travaillant sur
Bellone, déesse des combats, brûle le visage de Cybèle
de Claude-François Vignon (1633-1703)
Antichambre du Grand Couvert, voussure sud
Photo : Didier Rykner
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6. Antoine Paillet et Claude-François Vignon
Corne d’abondance,
détail de la Devise royale du côté de la salle des Gardes
après restauration
Antichambre du Grand Couvert
Versailles, château
Photo : Didier Rykner
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Avec les peintures, les stucs dorés sculptés par Pierre I Legros et Benoît Massou (ill. 7) ont été également restaurés. Si l’on connaît bien le mobilier présent dans cette pièce en 1788 grâce à un inventaire réalisé à cette date, la plupart des meubles sont aujourd’hui perdus. Il a été décidé d’installer un mobilier qui se rapproche le plus possible de ce décor disparu et il s’agit donc plutôt d’une évocation que d’une restitution. Un damas cramoisi tissé d’après un document de la première moitié du XVIIIe siècle a été tendu sur les murs, seule concession, encore acceptable, aux reconstitutions dont Versailles s’est fait une spécialité. La tapisserie face aux fenêtres, L’Automne ou Le Triomphe de Bacchus et d’Ariane, provenant de la tenture de la Galerie de Saint-Cloud sur des cartons de Pierre Mignard, a été déposée par le Mobilier National ainsi que des banquettes et des tabourets d’époque Louis XV couverts de Savonnerie. Enfin, pour évoquer le couvert royal (ill. 8), le Louvre a prêté des pièces d’orfèvrerie exécutées pour Georges III d’Angleterre, de Robert-Joseph Auguste, proches de celles utilisées pour les services royaux français mais qui ont hélas disparues à la Révolution.


7. Benoît Massou (1633-1684)
Enfants debout sur des trophées, détail
Ecoinçon de l’angle sud-est
de l’Antichambre du Grand Couvert
Photo : Didier Rykner
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8. Antichambre du Grand Couvert
Après restauration et remeublement
Versailles, château
Photo : Didier Rykner
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Un livre, sous la direction de Nicolas Milovanovic, a été publié à cette occasion. S’adressant à la fois aux simples amateurs et aux spécialistes, il s’intéresse tant à l’histoire du décor et de sa restauration qu’à la table au temps de Louis XIV.

Sous la direction de Nicolas Milovanovic, L’Antichambre du Grand Couvert. Fastes de la table et du décor à Versailles, 2010, Editions Gourcuff-Gradenigo, 122 p., 29 €. ISBN : 9782353400928.

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