Voilà pourquoi la Joconde ne peut pas être déplacée

6/3/18 - Politique - Prêt de la Joconde - Ceux qui penseraient que la confirmation par le Louvre (voir la brève du 2/3/18) de l’impossibilité de déplacer la Joconde sans lui faire courir des risques extrêmement graves allait inciter a ministre de la Culture François Nyssen à abandonner son projet se tromperaient lourdement. Nous avons demandé au ministère ce qu’il comptait faire désormais, et celui-ci nous a répondu : « Des précautions sont exprimées qui sont prises en compte dans le travail de faisabilité que nous menons ». Répétons-le : la ministre est irresponsable d’avoir lancé elle même l’idée de prêter la Joconde, ce qui a déclenché une vague d’enthousiasme à Lens, qui maintenant fait pression sur le ministère pour qu’elle mette en œuvre son funeste projet. Nous ne savons pas bien quelle « travail de faisabilité » mène le ministère puisque celui-ci a été effectué depuis plusieurs années par les meilleurs spécialistes qui sont tous d’accord pour dire que le panneau ne doit pas bouger.


1. Vue de la Joconde sous lumière rasante (détail)
Photo : C2RMF
Voir l´image dans sa page
2. Vue de la Joconde sous lumière ultra-violet (détail)
Photo : C2RMF
Voir l´image dans sa page

Mais puisque la ministre doute encore, nous sommes allé tout simplement consulter les dossiers conservés au Service d’Étude et de Documentation du Musée du Louvre, et nous avons interrogé des spécialistes de la question. Ceux-ci nous ont confirmé que « la fente est à la limite du visage, si elle se poursuit, le visage se cassera et ce sera irrestaurable. Le panneau est très sensible aux mouvements et aux variation d’hygrométrie, d’autant que la fissure traverse tout le panneau : on la voit sur la peinture comme sur le revers. Elle démarre en haut du panneau et entre dans la chevelure, s’arrêtant à la limite du visage, au-dessus de son œil droit. Si la fissure s’étend, on aura des pertes de matière à ce niveau. Depuis 1974, le tableau s’est habitué à l’atmosphère du caisson dans lequel il est conservé, et qui est extrêmement stable. Il est impossible de le bouger. »

Pour illustrer cela, nous publions ici des détails de photographies issues d’un dossier complet élaboré par le C2RMF. On distingue bien, dans le premier cliché, en lumière rasante, la taille de la fissure qui s’arrête effectivement exactement à la limite du visage (ill. 1). Le deuxième cliché, sous lumière ultra-violet, est encore plus parlante : non seulement la fissure est longue, mais elle a occasionné de nombreuses pertes de matière qui ont nécessité des restaurations anciennes. Imaginons maintenant ce qui se passerait si la fissure se prolongeait dans le visage.

Comment une ministre de la Culture peut-elle, devant des preuves aussi flagrantes et l’avis de tous les spécialistes, prétendre mener des « travaux de faisabilité » pour envisager le transport de la Joconde. Ce tableau ne peut - et ne doit - pas être déplacé.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.